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Dispositifs de compression et activité physique

Compression-activite

La compression agit-elle sur vos performances ?

L’utilisation de dispositifs de compression pendant les activités sportives ou pendant la phase de récupération post exercice est en expansion depuis un peu plus de 15 ans. Il nous semblait donc important de mener dans ce domaine des recherches permettant de savoir si cette pratique est justifiée en termes d’amélioration des performances ou d’amélioration de la qualité de la phase de récupération.

A défaut, il pourrait n’y avoir qu’un phénomène de mode comme il en existe très fréquemment dans le milieu sportif. Ainsi, l’objectif de notre étude (Beliard et al. 2015) était d’évaluer quels éléments scientifiquement recevables peuvent être rassemblés pour répondre aux questions que se posent les sportifs, les entraineurs et les médecins sur les effets de la compression des membres inférieurs dans le cadre de la pratique sportive.

Avant d’aborder cette compression « moderne » destinée à la pratique sportive, intéressons nous à deux éléments permettant d’ouvrir la réflexion sur ce thème :

  • Tout d’abord, historiquement, des moyens de contention des membres inférieurs ont été portés depuis l’antiquité par les fantassins des armées. Des bandes de lin, des guêtres en cuir ont été utilisées par ces soldats qui devaient marcher sur de très grandes distances et de manière répétée. Comme les sportifs contemporains, ces soldats étaient des sujets jeunes, sans pathologie initiale des membres inférieurs à priori, mais qui avaient à répéter quotidiennement une activité physique longue et soutenue.
  • Par ailleurs, dans la médecine actuelle fondée sur les preuves (evidence based medicine), les dispositifs de compression sont un procédé essentiel de prise en charge de la pathologie veineuse et lymphatique. Les effets de cette modalité thérapeutique sur l’hémodynamique veineuse ont été étudiés, et sont reconnus. Des recommandations sont rédigées pour guider et optimiser les modalités d’utilisation des produits compressifs en fonction du grade de la pathologie (effet dose).

 

Si l’on s’intéresse aux produits commercialisés et dédiés à la compression des membres inférieurs au décours d’une activité sportive, on retrouve actuellement plus de 30 enseignes commercialisant plus de 250 produits différents. Les caractéristiques de ces produits sont très différentes tant en terme de profils de répartition de pression, que de pressions exercées. Pour mettre cela en évidence, nous avons réalisés des mesures de pression d’interface in situ : l’annexe 1 représente la pression exercée par 3 produits de compression appliqués sur le mollet (4 mesures prises : à la cheville – point B, « sous le mollet » – point B1, dans la zone de plus grande circonférence du mollet – point C, et « au dessus du mollet » – point D) et dédiés au sport. La lecture de ces 3 graphiques nous indique que certains produits exercent une pression très faible (Fig. 1, pression moyenne < 10 mm Hg), d’autres exercent une pression forte et maximale sur le mollet (Fig. 2, profil de pression progressif) et enfin certains dispositifs ont un profil de pression proche de la compression médicale classique : pression maximale en cheville qui diminue en proximal (Fig. 3, profil de pression dégressif).

Compression et sport, que dit la science ?

Les fabricants attribuent aux produits de compression les effets suivants : favoriser le retour veineux, favoriser le maintien musculaire, favoriser une récupération plus rapide et pour certains modèles les produits permettraient une amélioration de la performance et de la résistance à l’effort ou encore une diminution du risque de blessure et une meilleure thermorégulation. Nous avons donc réalisé une revue de la littérature scientifique dans ce domaine pour valider ou infirmer ces données. Nous avons répertorié 155 références entre 1984 et 2014 sur cette thématique. Nous avons mis en place des critères de sélection qui nous ont permis d’aboutir à l’analyse de 24 articles scientifiques.

Les résultats de notre analyse sont consignés dans les tableaux de l’annexe 2. Dans le but de ne pas mélanger des résultats qui concernent deux périodes bien distinctes d’un point de vue des adaptations physiologiques, l’effort et la récupération, nous avons classé les données selon que la compression étaient portées : pendant l’effort, pendant la phase de récupération, à la fois pendant l’effort et la phase de récupération.

Compression portée pendant l’activité sportive ou à la fois pendant l’effort et la phase de récupération : il n’y a actuellement pas d’évidence scientifiquement validée relative au rôle physiologique que peut avoir la compression dans ces situations. Ainsi, la performance, la fréquence cardiaque, la consommation d’oxygène, le ressenti de l’effort ou les facteurs biologiques tels que les produits du métabolisme musculaire (lactates) ou de la souffrance musculaire (créatine kinase) ne sont pas impactés par le port ou non de dispositifs de compression. Les champs de recherche actuels dans ce domaine sont la limitation de l’œdème, des micro traumatismes et des vibrations.

Compression des membres inférieurs portée pendant la récupération : un effet bénéfique semble être mis en évidence. Les études rapportent une tendance à limiter l’apparition des courbatures (delayed onset muscle soreness), à favoriser la réalisation d’une seconde performance à distance du premier effort physique et à améliorer l’oxygénation musculaire. Les hypothèses qui sont proposées pour justifier ces effets sont l’amélioration du drainage sanguin et de l’évacuation des déchets.

D’autres études sont nécessaires pour mieux comprendre les effets de la compression au décours de la pratique sportive et le rôle joué par le profil de pression. Actuellement aucun effet négatif ne semble mis en évidence chez le sportif sain qui souhaite utiliser des dispositifs de compression. Chaque sujet peut donc se faire son propre avis adapté à sa pratique.

Annexe 1 : profils de répartition de la pression (en mm Hg) des dispositifs de compression.

Compression1

compression1-1

 

 

 

 

 

Figure 1

 

 

Compression2compression2-2

 

 

 

 

 

Figure 2

 

Compression3Compression3-3

 

 

 

 

 

Figure 3

 

Annexe 2

Ces tableaux recensent le nombre d’études pour lesquelles un effet positif J, neutre K, ou négatif L du port de dispositifs de compression est mis en évidence dans la littérature.

Synthèse des effets de la compression utilisée pendant l’exercice

Les paramètres étudiés J K L
La fréquence cardiaque / 7 /
La consommation en oxygène 2 4 /
La performance 2 3 /
La seconde performance 1 1 /
Les taux sanguins veineux de lactates / 5 /
Les taux sanguins veineux de créatine kinase / 2 /
Le ressenti de l’effort (Borg Scale, Feeling Scale) / 4 /
Le ressenti de la phase de récupération (Delayed Onset Muscle Soreness DOMS) 1 2 /

 

Synthèse des effets de la compression utilisée pendant l’effort et la phase de récupération

Les paramètres étudiés J K L
La fréquence cardiaque / 3 /
La consommation en oxygène / 2 /
La performance / 2 /
La seconde performance / 1 /
Les taux sanguins veineux de lactates 1 / 1
La saturation en oxygène du tissu musculaire 1 / /

 

Synthèse des effets de la compression pendant la phase de récupération

Les paramètres étudiés J K L
La seconde performance 4 / /
Les taux sanguins veineux de lactates 2 / /
Les taux sanguins veineux de créatine kinase / 3 /
La saturation en oxygène du tissu musculaire 1 / /
Le ressenti de la phase de récupération (Delayed Onset Muscle Soreness DOMS) 5 1 /
La réponse musculaire étude électromyographique 1 / /

 

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