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Cyclisme un projet pilote pour la lutte contre le dopage en 2008


Lettre ouverte du Dr Armand MEGRET, Médecin Fédéral National de la Fédération Française de Cyclisme – Le 6 Novembre 2007. Aux membres de la commission médicale nationale de la FFC, aux réseau d’experts (plateaux techniques de médecine du sport, commission d’expertise médicale, réseau biologie médicale libéral – Laboratoire Marcel Mérieux).

Copies aux instances politiques, aux instances du sport cycliste, aux professionnels du cyclisme et aux médias.

Chers collègues et amis, J’ai participé, en tant que médecin fédéral, aux journées organisées par le Ministère de la Santé de la Jeunesse et des Sports les 22 et 23 octobre dernier au CNOSF. Il est de mon devoir de vous adresser mes réactions qui n’engagent que moi et que je soumets à vox réflexions.

Pour que ce ne soit pas un tour de passe-passe.

Convié à cette réunion de travail au titre prometteur et plein d’espoir, je l’ai quitté inquiet. Titre prometteur et accrocheur pour un sport qui suffoque et qui est prêt à tout pour trouver un peu d’oxygène. À l’agonie, le cyclisme est prêt à tout, même à accepter le droit porte un GPS afin de localiser.

Inquiet car :
– J’ai la sensation de revivre 1999 quand la loi « Buffet » a été promulguée : le suivi biologique (déjà mis en place par la FFC depuis alors un an) allait résoudre les problèmes du dopage, les anomalies retrouvées révéleraient les dérives. A l’époque, la communication sur la mise en place de ce suivi avait été maladroite, déclenchant une confusion entre suivi médical et contrôle dopage et il nous a fallu « ramer » pendant des années pour bien positionner ce suivi dans les missions sanitaires des médecins. Il va falloir à nouveau lutter contre le courant.

– L’AMA impose une méthode dont On ne connaît pas les modalités d’application, On ne connaît pas le coût, On ne connaît pas la population cible, on ne connaît pas si cela est vraiment de l’antidopage, donc répression des sanctions, ou si cela est du médical c’est à dire contre-indication médicale et « no start ».

Concernant cette méthode nous avons tout entendu pendant deux jours : passeport sanguin, passeport biologique, suivi biologique, suivi longitudinal, médecine du travail, paramètres supplémentaires au suivi actuel, commission médicale décisionnaire… Comment les acteurs et le public vont-ils se retrouver dans l’application de cette méthode, que vont-ils comprendre, comment vont-ils interpréter les résultats ?

Une avancée importante mais une « expérimentation » prématurée

Cette réunion avait l’ambition de réunir toutes les instances concernées : les élus de la nation, les élus du sport, les instances de la lutte contre le dopage international et national, les acteurs du sport cycliste professionnel. Réunir des personnes en grande difficulté relationnelle a été une réussite, cela était nécessaire mais je crains que cela soit insuffisant.

Dans la lutte contre le dopage répression et détection s’impose. Mais les outils de détection doit être fiables est indiscutables.

– La répression est déclenchée quand il y a une preuve directe d’usage de produits interdits ce qui déclenche automatiquement des procédures disciplinaires voire judiciaires. L’introduction de la validité de preuve indirecte est une avancée très importante.

– La protection c’est, entre autre, le suivi médical et les procédures médicales dans un cadre sanitaire en fonction des anomalies retrouvées. Ne pas oublier que le dopage n’est pas le seul risque pouvant être source d’anomalies biologiques et de problèmes de santé chez le sportif de haut niveau.

L’AMA a réussi à faire adopter sa méthode que je crains vouée à l’échec pour deux raisons :

1. Si comme le voudrait Madame la Ministre, la positivité de le méthode déclenche un non départ, cela reviendrait à mettre en place ce qui était déjà réalisé en France depuis 2002 (bien avant la loi « Lamour » de 2006) : contre-indication médicale avec décisions administratives de suspension de licence. Si nous restons dans le « no start » c’est à dire contre-indication médicale alors pourquoi ne pas étendre ce modèle médical français, qui a fait ses preuves, aux autres pays ?

2. La méthode de l’AMA est validé et publié dans des revues scientifiques, soit ; Mais un tribunal, saisi par un coureur, désignera de nouveaux experts qui contesteront, les juristes qui trouveront des vices de forme … comme d’habitude.

D’autres actions ont été proposées lors de cette réunion des 22 et 23 octobre, tant par les managers que par les médecins d’équipes, elles ont été étouffées car elles ne correspondaient pas au thème du jour.

Cette réunion, au principe excellent à l’origine, a été menée à contresens : le dernier groupe représentant les décideurs responsables aurait dû constituer la première table ronde, lancer de véritables groupes de travail et revenir pour une synthèse.

Le « vélo » donne le bâton pour se faire battre.

Je crains que le cyclisme s’appuie sur cette « grand-messe politico médiatico économique » et qu’il pense que ses problèmes sont résolus avec cette méthode alors que tout le monde ne semble pas l’avoir entendu de la même oreille.

Mettre en place des mesures coercitives aboutissant à des décisions disciplinaires voire judiciaires est bien, mais il faut aussi que le cyclisme ait le courage et la volonté de s’autocritiquer mais aussi de se valoriser.

Les moins du cyclisme : La lutte contre le dopage dans le cyclisme ne passe pas que par la répression. Tant que l’analyse des causes des dérives rencontrées dans le cyclisme n’aura pas été finement effectuée, aucune décision efficace ne pourra être prise, et cela n’a malheureusement jamais été réalisé. Une étude vient d’être lancée par l’UCI, je souhaite sincèrement qu’elle nous éclaire. Les outils pour éviter les affaires Landis et Rasmussen existaient. Nous avions des éléments médicaux pour que Landis ne prenne pas le départ du tour 2006, et Rasmussen ne remplissaient pas les conditions réglementaires pour courir le tour de 1007. Ce n’est pas la méthode de l’AMA qui réglera ce type de problème. Pourquoi ne pas avoir agi ?

Les plus du cyclisme : Des actions ont été mises en place dans le cyclisme pour lutter contre le dopage et organiser une véritable protection sanitaire, elles ont porté leurs fruits. Il n’y a pas un sport qui fasse autant que le cyclisme dans le répressif et dans le préventif, même s’il peut mieux faire. Je suis bouleversé quand je vois que des coureurs sont prêts-à-porter un GPS pour prouver leur bonne foi, leur honnêteté. Le cyclisme se doit de valoriser les bienfaits de ce sport à l’échelle humaine qui n’est pas un sport de voyous (il n’y en a pas plus qu’ailleurs, il n’y a pas de bagarre dans le peloton ni sur la route ni au bord de la route, il n’y a pas d’hooliganisme, il n’y a pas de sportif de haut niveau aussi abordable, tous les coureurs sont applaudis par tous les fan-clubs, il y a certainement moins de corruption que dans d’autres sports professionnels…) Le monde du vélo doit bouger, ne pas se laisser déborder par les instances qui ont une vision déformée de notre sport et ces instances sont obligées d’engager des actions qui, paradoxalement, sont nuisibles ou cyclisme. Au fait, où est le CIO ?

Conclusions

Le passeport de l’AMA a eu son visa ! Maintenant « Vélo », débrouille-toi avec cette méthode ! Vive le rugby qui depuis 10 ans un passeport biologique comme l’a dit le pseudo-professeur dans la salle ! Demandons comment « il » s’y prend car manifestement ce sport n’a aucun problème de dopage. Cela nous fera gagner du temps, mais certainement pas de l’argent, car la méthode de l’AMA va avoir un coût exorbitant pour un résultat que je crains nul.

À qui profite le leurre et l’argent du leurre ? Certainement pas au cyclisme

L’AMA n’a pas apporté « la » solution, le cyclisme trouvera vraiment son salut en son sein par une volonté de rompre avec son passé, tant qu’il n’aura pas fait cette démarche, qui n’aura pas résolu lui-même ses problèmes, il sera un jouet médiatique et un fonds de commerce au discours politiquement correct. Il faut que le pouvoir sportif du cyclisme reprenne les rênes de son sport, pour que revive de la petite Reine. Dans l’attente de vos réactions, croyez, chers collègues et amis, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

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