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Lutte et santé

La lutte

La lutte

Il serait certainement intéressant de  se ressaisir de la définition de la Santé de  l’OMS pour traiter cette relation entre LUTTE et SANTE…

« La santé est un  état  de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas en une absence de maladie ou d’infirmité » ; définition qui date de 1946 (quand même !).

C’est possible à condition qu’il y ait des études menées sur cette question ; ce qui n’est pas le cas, du moins en France !

Pourtant, il serait intéressant d’avoir une idée des effets d’une pratique sur … l’obésité par exemple. Dans ces conditions,  peut-être pourrions-nous aborder ce thème à partir de pratiques telles qu’elles se donnent à voir ou encore à partir des missions /fonctions qu’elles se voient attribuer.

Mieux connaître l’origine de la lutte

La lutte est une création de l’humanité et si tout le monde s’accorde à reconnaître que « la lutte existe depuis la nuit des
temps » (formule consacrée), il est rare que l’on s’interroge sur les motifs pour lesquels les hommes se sont donnés cette activité, sur les motifs d’une telle création.

L’analyse des luttes africaines telles qu’elles perduraient encore au début du XX ème siècle sont éclairantes : la lutte était bien souvent une des épreuves d’un parcours initiatique pour passer directement du statut d’enfant à celui de l’adulte sans passer par la case « adolescence » (création de nos sociétés modernes). C’est dire qu’avant (bien avant) d’être une « lutte pour gagner » cette activité était conçue, fondamentalement, comme une « lutte pour grandir » !

A l’issue de ces épreuves, l’initié était considéré comme un homme en bonne santé susceptible de défendre la tribu et de fonder une famille. Il y a là, une signification profonde de la lutte, en termes de santé, inscrite dans les gênes de cette activité qui en fait sa singularité.

C’est toute l’originalité des travaux  menés à la Faculté des Sciences du Sport et de l’Education Physique de Lille2) par Gérard Vanelstlande que de reprendre   cette signification profonde de  la lutte pour la traiter au plan didactique et pédagogique cf une « lutte pour grandir ».

L’intérêt de ces travaux à l’usage de jeunes scolaires de 7 à 13 ans réside dans le fait que les propositions induisent une lutte valorisant les déplacements et non les saisies (sans les interdire), la souplesse et non la force et ceci par le jeu de règles qui font que cette forme de pratique se démarque quelque peu de celle en usage dans le milieu fédéral.

Pour autant,  le  « tomber » (cf le maintien des deux épaules au sol)  est maintenu même s’il ne sanctionne pas la fin du combat (contrairement à la lutte olympique).  Des priorités utiles si on considère que pour de jeunes enfants, il faut développer d’abord la souplesse avant de développer la force. Une lutte valorisant une dynamique (cf déplacements) et non une statique (cf saisies) c’est-à-dire, aussi, une lutte propre à éviter  les oppositions frontales, situations mettant en cause l’intégrité physique des jeunes pratiquants !

Ajouter à cela qu’en dernière partie d’un cycle, ces écoliers savent allègrement soutenir un effort intense d’une série de 10 répétitions  de 40’’ avec une récupération de 20’’ entre 2 répétitions et on aura compris qu’ils «auront mis tout leur cœur » à combattre.

Il s’agit là d’une prestation intense au plan psychologique mais très  recevable au plan physique bien que ces enfants paraissent « épuisés ».  Serge Berthoin, un des spécialistes de l’effort  de cette « Faculté des sciences du sport de Lille2» avance  volontiers que « cette  prestation sollicite la filière aérobie à son maximum avec, également, une sollicitation très significative de la filière anaérobie lactique; à ce titre, c’est une modalité d’exercice intéressante surtout si  les enfants
l’apprécient ».

Bien au-delà de ces considérations physiologiques, la question n’est pas « la lutte est-elle bonne pour la santé ? » mais « quelle lutte est-elle bonne pour le développement de jeunes …scolaires ? ».

Les propositions fédérales

Sont elles-mêmes soucieuses de proposer des pratiques  respectant le « développement de l’enfant » sachant qu’ici, le public est différent : il ne s’agit plus de scolaires dans une pratique obligatoire et quantitativement limitée en lutte (cf EPS) mais de gamins en club dans une pratique volontaire et quantitativement importante (cf pratique hebdomadaire sur l’année ).

Ainsi en est-il des rencontres proposées aux poussins (9, 10 et 11 ans) : celles-ci ne sont plus intégrées à des compétitions de masse (toutes catégories d’âge confondues) MAIS sont devenues des compétitions spécifiques qui leur sont propres. Des compétitions pour lesquelles ce sont de jeunes officiels  qui arbitrent, assurent l’appariement (cf qui lutte contre qui ?) ; ils bénéficient à cette occasion d’un soutien sous forme de tutorat.

Par ailleurs, le public et les entraîneurs sont mis à distance ; une décision sage propice à une ambiance sereine. Le règlement lui-même participe au bon déroulement de ces rencontres : certaines actions permises pour « les grands » sont interdites à ce niveau.

Ainsi en va-t-il sur les actions se situant au niveau de la tête : la saisie de la tête seule avec les deux bras est interdite, les clefs de tête verrouillées le sont également, … ! Peut-être faut-il aussi préciser que ces rencontres se déroulent sur un tapis souple (plus souple que le tatami de judo) assurant une « sécurité » optimale. Là aussi, les temps de « combat » sont « mesurés » pour ces jeunes : durée des combats : 2 x 2’ ; quant au nombre, il n’y aura pas plus de 3 combats lors d’une manifestation.

L’histoire de la lutte est une histoire d’hommes forts

Cette histoire peut-elle se décliner au féminin ? L’histoire de la lutte pourrait devenir l’histoire des idées reçues ! Ce n’est pas sans taquinerie qu’il me revient à l’esprit un témoignage de Christian Joly : « dans les années 70, nos dirigeants lutteurs en délégation dans l’ex URSS pouvaient s’entendre dire par Nikonov, Directeur de l’organisation des Jeux Olympiques de Moscou et champion du monde de lutte, qu’il n’y aurait jamais de lutte féminine,
ni en URSS, ni aux Jeux ; La raison invoquée ? Imparable : des travaux « scientifiques » révélaient la nocivité de la lutte pour la santé des femmes »
(in Sport et Plein Air n°484 octobre 2004) .

Que retenir de cet épisode ? A vous de réfléchir sur la « scientificité » de certains travaux quand une pratique sociale
vient en contredire des résultats ! La perception d’une lutte féminine est peut-être aussi question de culture : dans les pays nordiques, il y avait une forme de pratique de lutte féminine pour laquelle les saisies et accrochages se faisaient au-dessus de la ceinture (forme assez proche de la lutte gréco-romaine) et ce bien avant que la lutte féminine ne soit devenue olympique !

Autre mœurs, autre culture et … autres pratiques ! En avons-nous fini des clichés faisant obstacles à une lutte au féminin ? Pas
vraiment : les clichés avancés par ces détracteurs sont bien connus : les lutteuses seraient des « garçons manqués » (alors que nos championnes sont particulièrement jolies) ou encore des « êtres fragiles » (alors que l’effort consenti lors d’un combat est particulièrement intense) ou enfin des  « êtres dociles » (ça tombe mal, certaines ont de grandes responsabilités dans ce milieu d’hommes) !

Les faits sont têtus :

la lutte, aujourd’hui, non seulement se conjugue au féminin mais permet de mettre en valeur des capacités humaines insoupçonnées !  De fait, elle participe au développement des pratiquantes ! Oui, la lutte est bonne pour la santé… des filles !

Si vous assistez à une compétition de lutte, vous ne pouvez pas ne pas remarquer combien les lutteurs sont de vrais athlètes. A bien des égards, ils ressemblent à des gymnastes !  C’est vrai historiquement : aux premiers Jeux Olympiques (1896), l’Allemand Carl Schulmann fut sacré à la fois champion olympique en lutte et en gymnastique (par équipes en barre fixe et barres parallèles et en individuel au saut de cheval) … C’est vrai aussi que l’échauffement des uns et celui des autres lors des entraînements sont restés très longtemps assez proches  (et le restent encore) en jouant à la fois sur la souplesse et la force. C’est vrai  à ceci près que les gymnastes sont sur la maîtrise de l’espace aérien et les lutteurs sur celle de l’espace de combat ; les premiers sont  dans le monde de la voltige et les seconds sont dans le monde du « couple ».

Mieux connaître les  règles compétitives

S’agissant de la compétition, celles-ci se déroulent selon

  • Des styles : lutte libre (les saisies se font sur toutes les parties du corps de l’adversaire avec toute les parties du corps), lutte gréco-romaine (les saisies se font sur les parties du corps de l’adversaire au-dessus de la ceinture avec les parties du corps elles-mêmes au-dessus de la ceinture), lutte féminine (proche de la lutte libre)
  • Des catégories d’âge : 14/15 ans pour les minimes (ou appelés encore « écoliers »), 16/17 ans pour les cadets, 18/20 ans pour les juniors et 20 ans et plus pour les séniors. Il existe une catégorie « vétérans » (35 ans et plus) cf règlements FILA version
    juin 2013
  • Des modalités déterminant des durées de combat : 2 manches de 2 minutes pour les minimes/cadets avec 30 secondes
    de récupération entre les manches et 2 manches de 3 minutes pour les juniors/séniors avec 30 secondes de récupération entre les manches. Un compétiteur ne peut être appelé à nouveau à disputer un combat que s’il a pu disposer d’une période de récupération de 15 minutes depuis la fin du combat précédent  cf règlements FILA version juin 2013
  • Des catégories de poids
  • Des règles dont certaines visent l’intégrité physique des lutteurs ; ainsi, sont illégales les « prises de gorge », les  retournements de bras à plus de 90 degrés », la « prise de tête ou du cou à deux mains », etc …

NB1 : il existe des interdictions spécifiques à la lutte féminine : « toutes les clés doubles ou verrouillées sont interdites debout ou au sol

NB2 : « dans le but de protéger la santé des enfants (minimes et cadets), toutes les clés doubles en avant ou de côté sont interdites » ; idem pour « les prises en lutte libre en crochetant en plus de la tête, avec sa jambe, la jambe de l’adversaire » cf règlements FILA version juin 2013.

On l’aura compris, bien de ces mesures visent à ce qu’il n’y ait pas de traumatismes physiques.

NB : il existe des commissions médicales (régionales, nationales, internationales) qui, néanmoins, font le point, régulièrement, sur les accidents en compétition.

Le Docteur Marc Rollet (président de la Commission Médicale Nationale) établit un rapport annuel  pour le compte du comité régional Nord/Pas-de-Calais et note que les interventions médicales ont porté essentiellement sur des cas d’épistaxis cf saignements de nez (27,7%), de plaies et brûlures (14,6 %), d’entorses des doigts (10,4 %), de contusions musculaires (10,4 %)… On l’aura compris, en lutte les accidents graves sont rares ! Mieux, peut-être faut-il préciser qu’il y a « une diminution
sensible des accidents due à la qualité de la préparation physique des athlètes, à l’affinement du geste technique, au suivi et à l’encadrement médical, aux meilleures conditions de compétition » (rapport de la commission médicale AG régionale NPC 2012).

Conclusion

« La lutte, c’est bon pour la santé » dès lors qu’elle se développe dans des structures offrant toutes les garanties nécessaires à une pratique collective bien gérée ; ces structures sont les clubs de lutte affiliés à la Fédération Française de
Lutte** dont les entraîneurs ont reçu une formation les invitant à être attentifs au développement de la personne.

Pour plus d’information voir sur internet le site du comité régional de lutte NPC  et celui de la Fédération Française de lutte .

Pour en savoir plus sur des travaux de recherche

Difficile de passer sous silence les travaux engagés par David Moreau.  Lutteur et … étudiant à Lille2 (Faculté des Sciences du Sport et de l’Education Physique) puis en doctorat de psychologie cognitive à  Lille3 où il soutient en 2011 sa thèse intitulée « cognition visuo-spatiale et activités motrices complexes : effets de l’expertise et du genre ».

Il rejoint  ensuite l’université de Princeton  (Etats-Unis) pour continuer ses travaux à propos des effets de la lutte sur le cerveau.  Il a été démontré que la pratique de mouvements complexes, comme ceux présents dans la lutte, en plus de permettre une amélioration physique (baisse de la fréquence cardiaque au repos, baisse de la tension artérielle,…), permet le développement de processus visuo-spatiaux qui ne s’utilisent pas seulement pour l’activité elle-même mais qui ont une
portée plus générale.

Dit autrement, une telle pratique participe à une amélioration des performances sur des tests de raisonnements abstraits et non liés à l’activité pratiquée.  Ces tests consistaient à retrouver parmi un ensemble de figures ressemblantes mais
différentes et complexes (puisque s’inscrivant dans les trois dimensions de l’espace), celle qui était identique à une figure référente bien qu’ayant subi une rotation spatiale.

Annie Mansy, co-auteure d’articles avec David Moreau, précise que « ce travail expérimental  offre des comparaisons entre les performances de rotation mentale d’athlètes experts ou novices dans différents sports (dont la lutte) en tentant d’identifier les facteurs déterminants dans les différences observées, tels que l’activité pratiquée, le genre, le temps de pratique ou encore les stratégies utilisées par les participants pour résoudre les problèmes présentés ».

Ce qui est intéressant, c’est que ces mêmes tests prédisent la réussite scolaire et professionnelle, démontrant que les capacités améliorées par la pratique de mouvements complexes sont extrêmement importantes dans la vie de tous les jours.

La lutte, activité aux mouvements particulièrement complexes, c’est bon tout le temps. C’est bien aussi de le signaler ! Il reste que David pose aussi, à sa façon, la question « quelle lutte proposer ? » dans la mesure où il suggère des pistes à explorer et à mettre en pratique afin de permettre une amélioration de différents processus cognitifs à partir de programmes d’entraînement moteur dans différentes activités sportives ***.

Quels programmes d’entraînement moteur en lutte (par exemple) pour une amélioration de différents processus cognitifs ?

Les préoccupations scientifiques rejoignent, ici, les préoccupations didactiques et pédagogiques évoquées plus haut.

 

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