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Ostéopathie : métier d’avenir ou miroir aux alouettes ?

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Osteopathe .. métier d'avenir ?

Un constat : de toutes les médecines dites « alternatives », « douces », ou « à expertise particulière » l’ostéopathie bat des records de popularité en France depuis la mise en application en 2007, des décrets réglementant l’activité et la formation des ostéopathes en France.

Environ un français sur deux a consulté un ostéopathe dans sa vie et un sur quatre y va régulièrement. Paradoxalement à cela, peu de médecins pratiquent l’ostéopathie. Celle-ci ne fait pas partie de l’enseignement classique dans le cursus médical, et très peu de patients savent rarement ce qui se cache derrière le titre «ostéopathe».

Le Nombre d’écoles privées de formation des ostéopathes est quant à lui passé depuis lors de zéro en 2007 à 76 établissements en 2014 sur tout le territoire, sortant plus de 2500 titrés par an et ayant environ 11000 personnes en cours de formation chaque année.

On notait ainsi lors du dernier recensement en 2014 près de 22500 Ostéopathes en France dont environ

  • 12500 Ostéopathes non professionnels de santé dits « exclusifs » 8000 Ostéopathes kinésithérapeutes
  • 1500 Ostéopathes Médecins
  • 500 autres ostéopathes professionnels de santé ni médecins ni kinésithérapeutes (podologues, sages-femmes)

Il parait ainsi clairement évident comme le décrivent plusieurs spécialistes de santé publique que le seuil de saturation est atteint en 2015 après seulement Huit années de reconnaissance pour ce titre partagé.

Comment devient-on Ostéopathe en France ?

Née au 19e siècle aux Etats Unis d’Amérique et développée par la suite en Europe et au reste du monde, l’ostéopathie est sensée prendre en charge des troubles fonctionnels sans organicité patente. En France, le domaine de la pathologie étant en théorie réservée aux médecins qui se doivent de porter un diagnostic positif et négatif au symptôme.

Les ostéopathes non médecins devant eux se limiter au diagnostic d’exclusion qui leur permet de ne pas prendre en charge des maladies qui sont du ressort du médecin. Néanmoins, en pratique, cette limite théorique devient de plus en plus floue et des exemples d’exercice patent illégal de la médecine ne manquent pas.

Au point que les patients souvent mal informés, prennent des ostéopathes pour des médecins, alors que les médecins ostéopathes ne représentent plus qu’environ 5% de la population des ostéopathes.

Ce flou artistique bien entretenu par certains, semble donc profond dans la population et le partage du titre d’ostéopathe entre les diverses populations n’arrange rien à cela.

Depuis le décret d’application n° 2007-437 du 25 mars 2007 de l’article 75 de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relatif à la formation et à l’agrément des établissements de formation des ostéopathes, les médecins n’étaient plus les seuls à pouvoir exercer l’ostéopathie en France.

Il suffit en effet pour cela :

  • Aux médecins d’être titulaire d’un Diplôme Inter universitaire (DIU) voir dans certains cas d’un Diplôme universitaire (DU) de Médecine manuelle et d’Ostéopathie.
  • Aux autres professions de santé ou aux personnes souhaitant exercer, de s’inscrire dans une des nombreuses écoles de formation privée agréée par l’état, se soldant en théorie après quelques années de formation d’un titre d’ostéopathie permettant l’exercice.

Il est à noter par ailleurs que de nombreux ostéopathes ayant acquis leur titre à l’étranger sont autorisés à exercer en France par commission sans aucune évaluation, après simple avis favorable.

La situation étant devenue intenable tant sur le plan démographique que sur le contrôle de la formation et la qualité des soins. Les pouvoirs publics ont décidé de reformer huit ans après, la formation des ostéopathes.

Dès la rentrée universitaire 2015 / 2016 de nouveaux textes vont régir la formation des médecins, des non-Professionnels de santé et des autres professionnels de santé (kinésithérapeutes, sages-femmes et podologues) par les décrets n° 2014-1043 du 12 septembre 2014 et n° 2014-1505 du 12 décembre 2014 et leurs arrêtés.

Le titre d’ostéopathe reste partagé dans les champs de compétence définis par la loi du 4 mars 2002

Bon à savoir

L’interdiction aux ostéopathes non médecins de traiter les pathologies organiques, de réaliser des touchers pelviens (toucher vaginal ou rectal), d’effectuer les manipulations gynéco- obstétricales, de manipuler le rachis cervical ainsi que de traiter les nourrissons de moins de 6 mois sans certificat de non contre-indication établi par un médecin. Interdiction formelle de prescrire des examens complémentaires, d’accéder aux dossiers médicaux de patients (rupture du secret médical)

Le socle de formation théorique des écoles a été renforcé par l’acquisition progressive des sciences fondamentales, la sémiologie et l’anatomie sans la pathologie (reste réservée aux médecins).

La durée de la formation passe à 5 années sous forme de cours magistraux, travaux pratiques, travaux dirigés de 3360 heures et formation pratique clinique encadrée de 1500 heures comportant au moins 150 consultations validées.

Le DIU de médecine manuelle et d’ostéopathie des médecins est complété d’une année supplémentaire d’études dans certains domaines de l’enseignement théorique. Il doit par ailleurs se solder obligatoirement à la fin, d’une soutenance d’un mémoire professionnel.

Quelle différence y’a-t’ il entre un médecin ostéopathe et un ostéopathe non médecin ?

Leur formation initiale :

Le médecin a une durée d’études allant de 9 à 11 ans en fonction de sa spécialité après le baccalauréat et un numerus clausus d’entrée, pour obtenir son diplôme de docteur d’état en médecine. Il s’oriente par la suite vers les études d’ostéopathie au sein de la faculté qui se soldent par un DIU de médecine manuelle et d’ostéopathie.

Les autres professionnels de santé ont aussi une sélection d’entrée pour obtenir leur diplôme d’état avec une durée d’études de 5 ans pour les sages-femmes, 3 ans pour les podologues et bientôt 4 années pour les kinésithérapeutes. Ils intègrent alors par la suite une école d’ostéopathie pour obtenir leur titre d’ostéopathe.

Les ostéopathes non médecins sont admis dans les écoles de formation privées sans numerus clausus, en général après le baccalauréat pour ceux qui ne sont pas professionnels de santé sur des critères variables. Le titre d’ostéopathe obtenu à la fin de ce cursus de plusieurs années servira de sésame pour exerce

Les écoles d’ostéopathie privées se sont multipliées depuis 2007. On en comptait plus de 70 en 2014, toutes assez onéreuses en frais d’inscription mais dont le contenu et la durée des enseignements sont variables et non évalués comme prévu par les textes de loi. Ce qui a poussé les instances représentatives de l’ostéopathie à réclamer avec insistance une réforme et une refonte de ces écoles de formation aux pouvoir publics avant qu’il ne soit trop tard.

La prise en charge :

Les consultations d’ostéopathie sont chronophages ce qui peut expliquer en partie leur prix. Il n’y a pas de remboursement par la sécurité sociale des actes d’ostéopathie qui ne sont d’ailleurs pas codifiés dans la nomenclature des actes des caisses d’assurance maladie.

Environ 60% des mutuelles assurent un remboursement partiel voire total des actes d’ostéopathie. L’engouement envers la discipline est d’ailleurs un vecteur de communication.

Les ostéopathes médecins sont les seuls dont le code de déontologie impose de poser un diagnostic médical lors de leur consultation. Ils peuvent si besoin prescrire des investigations paracliniques au patient. Leur acte médical est pris en charge par l’assurance maladie.

2015 est une année charnière pour l’ostéopathie en France. Avec près de 23000 ostéopathes en 2014, la discipline a été vite saturée avec des praticiens de tout bord aux compétences très variées mettant tous en avant un titre qui masque beaucoup d’écueils. Le grand public recherchant une prise en charge de plus en plus individualisée, éco-citoyenne, n’utilisant pas ou peu de thérapeutiques médicamenteuses chimiques répond grandement à l’offre ostéopathique.

Cependant peu savent réellement ce qui se cache derrière ce titre accessible à presque tout le monde. La reforme actuelle est espérée par les ostéopathes non médecins pour limiter « la casse » et faire que ce métier au bel avenir ne devienne pas un miroir aux alouettes pour beaucoup de jeunes et de patients qui en attendent tant.

Cette mise au point proposée par le Docteur Pierre Simon Mallong et réalisée avec les sources suivantes

  •  Journal Officiel de la République Française
  • Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et de Statistiques : DRESS
  • Registre des ostéopathes de France : ROF
  • Ostéos de France syndicat
  • Syndicat des Médecins Libéraux : SML

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