| Rappelons que
cela concerne trois médicaments
:
• ARANESP (darépoetin
alfa) Laboratoires AMGEN
• EPREX (époetin alfa)
Laboratoires JANSSEN-CILAG
• NEORECORMON (epoetin beta)
Laboratoires ROCHE
Jamais délivrées en
ville jusqu’au 26 mai 2005,
ces trois spécialités
ont quitté la réserve
hospitalière à cette
date.
Il existe des modalités spécifiques
de distribution et d’approvisionnement
pour ces spécialités
qui ne peuvent qu’inquiéter,
en particulier le mouvement sportif
et toutes les instances en lutte contre
le dopage et ses pourvoyeurs.
Dès le mois de juillet 2005,
des informations relatives à
une consommation anormale dans certaines
régions et un exemple concret
d’ordonnance d’exception
mal remplie avec, qui plus est, une
erreur de prescription (forme retard
avec une posologie de forme simple)
nous a fait réagir.
Nous constatons à l’époque
que les trois laboratoires mènent
une campagne de communication et d’information
intense auprès des pharmaciens
afin de leur permettre un approvisionnement
le plus adéquat possible en
respectant notamment la chaîne
du froid absolument indispensable.
Leur campagne tend à banaliser
le produit, le meilleur exemple étant
ROCHE qui n’hésite pas
à titrer : « la force
retrouvée ! ».
Nous nous étonnons aussi que
la mention attirant l’attention
du consommateur sur la positivité
du médicament à un contrôle
anti-dopage ne figure pas dans la
notice incluse dans la boîte.
Explication : ce médicament
est régi par un texte européen
n’exigeant pas cette mention,
obligatoire en France.
Un contact avec un directeur régional
d’un organisme répartiteur
nous permet de savoir qu’en
vertu de l’article R.5015-10
du Code de santé publique,
les grossistes sont amenés
à contrôler les ventes,
et ce, plus particulièrement
encore, sur des produits dits «
sensibles ». Cela est, somme
toute, rassurant.
Ce qui l’est moins, c’est
que ces laboratoires cherchent à
conserver la distribution de leurs
produits en permettant aux pharmaciens
de se procurer leurs références
en passant commande à un N°
AZUR.
Ce qui l’est moins encore,
c’est que ROCHE prévoit
de permettre au patient d’accéder
légalement au N° AZUR afin
de commander les références.
Même si le produit transite
par le pharmacien, est-il logique
que l’initiative de commande
soit laissée au malade ou à
son entourage ?
Il est à noter, en effet,
qu’en raison du respect obligatoire
de la chaîne du froid, aucun
produit ne peut être repris
en cas d’erreur de commande
! Le pharmacien restera avec ses boites
sur le bras avec toujours le risque
de tentation de les écouler
d’une façon ou d’une
autre …
La délivrance de ces spécialités
n’exige une ordonnance d’exception
qu’à la première
prescription avec un renouvellement
chaque année. Le reste du temps,
une ordonnance d’un médecin
généraliste suffit.
La profession de pharmacien comme
celle de médecin généraliste
n’est pas à l’abri
de professionnels indélicats
ou carrément mafieux. On ne
peut occulter le risque de trafic.
Il faut savoir aussi que, depuis
le début de l’année
2006, AMGEN a mis sur le marché
un stylo auto-injecteur très
simple d’emploi facilitant encore
d’avantage l’utilisation
de l’E.P.O.
Autre problème : ces trois
médicaments notamment quand
ils sont prescrits à des victimes
de cancer en phase terminale sont,
par définition, des médicaments
de fin de vie. Cela veut dire, qu’au
décès du malade, le
pharmacien a de bonnes chances de
voir revenir les boites d’érythropoïétine
non utilisées comme les familles
ont l’habitude de le faire afin
d’aider Cyclamed par exemple.
Les frigos des officines vont se remplir
de ces boites, c’est déjà
le cas, et le risque existe que des
pharmaciens indélicats soient
tentés de les écouler
en dehors de toute prescription médicale.
Il semble vraiment nécessaire
de mettre en place des cellules de
veille réunissant les grossistes,
les ordres de médecins et pharmaciens,
les douanes, les ministères
concernés (intérieur,
sport, santé), la future AFLD
afin de suivre les flux, leur importance
et l’identité des intermédiaires
et des destinataires.
Est-il nécessaire de rappeler
que l’E.P.O. est une molécule
majeure comme produit dopant. Elle
n’intéresse pas seulement
les sports d’endurance, mais
tous les sports à partir du
moment où, entraînant
une meilleure récupération,
elle permet d’encaisser une
plus grande durée d’entraînement.
Si l’athlète s’entraîne
plus sans fatigue, il a de bonnes
chances d’améliorer ses
performances, et cela, quel que soit
son sport.
Chacun sait que la dose dopante pour
l’E.P.O. est 5 à 10 fois
la dose thérapeutique. Le problème
posé ci-dessus montre que le
milieu sportif dans son ensemble et,
pas seulement les professionnels,
vont avoir accès à ces
molécules.
L’utilisation de ces molécules
entraîne des risques pour la
santé importants, (risques
cardio-vasculaires, thromboses, etc…).
Se trouve posé un véritable
problème de santé publique.
Il est nécessaire que les
instances compétentes s’approprient
ce dossier. Il est aussi de la responsabilité
de toutes les parties prenantes d’informer
les utilisateurs potentiels, licites
ou illicites, et les fournisseurs
quel que soit leur niveau dans la
chaîne de distribution, de ces
molécules, de leur responsabilité
par rapport à ce problème.
|