L'Anorexie
 
L’anorexie représente un trouble du comportement alimentaire particulièrement présent dans le milieu sportif, de façon plus prononcée dans les disciplines à catégories de poids.
La symptomatologie clinique est bien décrite, mais les signes annonciateurs sont souvent négligés, le diagnostic tardif et la prise en charge incomplète.
 

Contexte de survenue
Certains facteurs de prédisposition constituent un terrain favorisant l’apparition d’une anorexie :

- Le contexte familial, avec des antécédents de régime hypocalorique, d’attrait excessif vis-à-vis du poids ou de l’image corporelle, une corpulence maigre ou obèse chez les parents.
- La période de la puberté représente un contexte de fragilité de l’adolescent.
- Les frustrations alimentaires, régimes plus ou moins sévères, mais souvent mal supportés.
- La pratique d’un sport esthétique ou artistique.
- La médiatisation d’athlètes ou de personnalités perçues comme des modèles auxquels il faut ressembler.
- Les traumatismes et les abus physiques ou sexuels durant l’enfance.

Les Facteurs déclenchants de la maladie :
- Toute idée de séparation, que ce soit avec la famille, la fratrie, une intégration en internat ou centre de haut niveau, un stage d’entraînement, un déménagement, mais aussi la disparition d’un proche, un deuil.
- La naissance ou l’arrêt d’une relation sentimentale
- Le sentiment d’échec, à un examen ou une compétition.

L’incidence de l’anorexie mentale est bien plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Une exception toutefois pour les hommes qui ont une sœur jumelle et qui possède un risque d’anorexie équivalent à celui des femmes.

Les chercheurs pensent qu’il s’agit d’une exposition du fœtus homme aux hormones produites par le fœtus femme. (source Arch.gen – psychiatry – 12/07).

 
 
  Références de l'article
  Auteur(s) :

Dr F. Maton

  Publié le : 28.01.08
  Lecture : Tout Public
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  Bibliographie
 
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  Triade clinique classique :  
 
Anorexie – Aménorrhée – Amaigrissement

Anorexie : Le comportement anorexique commence par une diminution ou une perte de la sensation de faim, évoluant secondairement vers un refus volontaire de s’alimenter. Cette perte de sensation de faim peut être déniée par la patiente, ou reconnue.

Aménorrhées : L’aménorrhée se définit comme une absence d’au moins 3 cycles sexuels. Elle est consécutive à la restriction alimentaire, aussi bien quantitative que qualitative.

Amaigrissement : La perte pondérale est secondaire à la restriction des apports caloriques. Cet amaigrissement est souvent important et impressionnant, pouvant atteindre 50% du poids corporel pour l’âge.
Il est souvent banalisé par la patiente, et parfois dissimulé.
Le regard des autres et l’attention de l’entourage entretiennent la perte de poids.
Le recours aux laxatifs ou diurétiques est fréquent et ne fait que l’aggraver.

Signes psychologiques :
On observe une attitude incohérente vis-à-vis de la nourriture, caractérisée par une restriction alimentaire sévère associée à des attitudes actives de désordre alimentaire :
Ces attitudes actives de désordre alimentaire se manifestent par une restriction exagérée et volontaire des repas, une sélection des aliments, le recours aux vomissements ou prises de laxatifs…
Le trouble de l’image corporelle s’exprime par une préoccupation excessive vis-à-vis du poids et de la nourriture.

Dysmorphophobie :
La dysmorphophobie témoigne d’une altération de la perception de l’image corporelle. La peur permanente de grossir, même si l’apparence est déjà très maigre, est à l’origine de régimes hypocaloriques sévères, répondant à un idéal de minceur. L’anorexique reste toujours insatisfaite de son image corporelle, se trouve toujours trop grosse.
Ce comportement se manifeste par des contrôles biométriques fréquents, des pesées successives notamment post prandiales, ou chaque prise alimentaire.

Anosognosie :
L’anorexique nie les faits, et se complait dans sa maigreur, s’en réjouit, donnant à son entourage l’impression d’une certaine assurance et maîtrise de soi, associée à une indifférence vis-à-vis de sa santé.

Hyperactivité :
L’anorexique est plutôt hyperactive, avec participation à des activités physiques, ce qui contraste avec son état de maigreur extrême. La fatigue est généralement déniée.

Affectivité bloquée :
La vie sexuelle est souvent inexistante, les contacts sociaux pauvres, avec une faible extériorisation en société.
Le comportement de l’anorexique s’inscrit dans une routine, évitant tout facteur de stress, tout conflit, fuyant les problèmes.

Surinvestissement intellectuel :
Le surinvestissement intellectuel rejoint l’hyperactivité. Il se manifeste par un engouement dans les tâches scolaires ou universitaires, mais la créativité reste bloquée.

Signes somatiques de carence

- Signes cutanés et phanères: blancheur de la peau, perte de cheveux, ongles cassants, hypertrichose et lunago (duvet cutané).
- Déminéralisation osseuse exposant au risque de fracture.
- Troubles de dentition, déminéralisation, dents déchaussées et chute de dents.
- Troubles cardiovasculaires : Bradycardie, hypotension, hypo volémie, peau violacée, moite, oedème de carence autour des articulations (chevilles)
- Yeux enfoncés dans les orbites
- Fonte musculaire
- Hypothermie

Signes de gravité :

- Forme masculine est plus rare mais plus grave
- Existence d’épisodes associés de boulimie
- Forme pré pubertaire expose à un retard de croissance important et souvent irréversible
- Forme de l’adulte présente un risque d’évolution vers la chronicité
- Dénie du trouble est un facteur aggravant

Signes de gravité imposant l’hospitalisation :

- IMC < 14
- Amaigrissement rapide et important
- Epuisement physique de la patiente
- Trouble de la conscience et de la vigilance
- Pression artérielle PAS<80mmHg, PAD<50mmHg
- Bradycardie <50Btt/min
- Température corporelle <35.5°
- Biologie sanguine : Leucocytes <1500/mm3, Neutrophiles < 1000/mm3, Plaquettes < 50 000/mm3
Hypokaliémie < 3mmol/l (malgré apport per os de K+), Natrémie < 125mmol/l ou >150mmol/l, Hypophosphorémie ; Créatinémie >100?mol/l, Urée >15mmol/l ; Taux de Prothrombine <50% ; Elévation des Transaminases.
- ECG : anomalies électrocardiographiques
- Effort physique intense
- Diarrhée
- Maladie infectieuse, péricardite…
- Prise de psychotrope
(*Steinhausen 1997, Apa 2000).

Complications :

Cardiovasculaires :
Hypotension artérielle – Bradycardie – Tachycardie – Acrocyanose – Adaptation à l’effort altérée.
ECG : Micro voltage de l’onde P - Axe dévié vers la droite - Onde T aplatie ou inversée - PR allongé ou raccourci - Hémi bloc droit – ESV - Pause sinusale - Flutter auriculaire.
Echographie : Prolapsus valvulaire - Epanchement péricardique - Prolapsus tricuspide - Diminution de la masse ventriculaire.
Osseuses et dentaires :
Déminéralisation osseuse – Fracture - Déminéralisation de l’émail dentaire - Hypertrophie parotidienne.
Digestives :
Oesophagite – Achalasie - Dilatation de l’estomac – Médiastinite - Diarrhées aigues - Syndrome de l’artère mésentérique supérieure - Mélanose colique - Constipation sévère - Elévation des transaminases - Insuffisance hépatocellulaire - Pancréatite
Pulmonaires :
Pleurésie - Pneumo médiastin
Rénales :
Insuffisance rénale fonctionnelle – Néphrolytiase - Néphropathie tubulo-interstitielle avec acidose tubulaire - Diabète insipide
Urologiques :
Pollakiurie - Incontinence urinaire - Infections urinaires
Hématologiques :
Leucopénie – Thrombopénie - Anémie normocytaire - Pancytopénie avec hypoplasie médullaire - Hyperagrégabilité plaquettaire - Schizocytose des globules rouges
Hydro électrolytiques :
Hypokaliémie – Hyponatrémie – Hypoglycémie – Hypophosphorémie - Alcalose hypochlorémique,

Evolution :
L’anorexie reste une maladie mortelle avec 8% de décès, survenant par complications métaboliques, trouble du rythme ou arrêt cardiovasculaire.
La guérison de la triade clinique s’observe dans la majorité des cas (60%), mais la guérison des troubles psychologiques est moins constante (30% des cas). Les rechutes restent fréquentes (50%).
Le pronostic clinique et évolutif dépend de la rapidité du diagnostic et de la prise en charge.

Tests cliniques :
Le test EAT40 (ou sa version simplifiée) est validé pour dépister les troubles du comportement anorexique.

Traitement :
La prise en charge doit être pluridisciplinaire, psychologique ou psychiatrique, diététique, et médicale.
L’instauration du traitement débute souvent par une hospitalisation pour instaurer un isolement. Cet éloignement agit comme une « cassure », et va permettre d’éliminer le cercle vicieux et les facteurs de survenue d’ordre familial.
La réalimentation sera progressive, en accord avec la patiente.
La correction des désordres métaboliques justifiera un traitement médical, pouvant parfois tenir de la réanimation selon l’état de santé de la patiente.
Une thérapie familiale peut ensuite s’envisager pour établir la base de nouveaux rapports.

Rôle d’une activité physique dans la prise en charge :
La restructuration du corps passe par une prise de conscience de l’utilité de « réutiliser » son corps.
La socialisation que représente la pratique d’une activité physique en groupe est bénéfique. Le réflexe alimentaire que cela doit représenter va dans le sens de la thérapie enfin la tonification des muscles agonistes et antagonistes renforce la fonctionnalité et permet une remise en route des régulateurs du métabolisme.

Il faut également signaler que l’activité physique renforcera la fixation du calcium afin de lutter contre l’ostéopénie induite par la longue période d’anorexie.

 
     
 
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