Troubles du comportement alimentaire et sport
 
Deux troubles majeurs sont bien connus du monde sportif : l’anorexie et la boulimie.
 

Ces troubles relèvent d’une prise en charge difficile et sont lourds de conséquence, tant sur la santé que sur la carrière sportive. Ces troubles sont annoncés par des signes précurseurs et aggravés par des facteurs de risque sur lesquels la prévention doit s’orienter.

Facteurs de vulnérabilité des sportives

Les facteurs sportifs :


Certaines spécificités de la pratique sportive apparaissent comme de réels facteurs de risque de survenue de troubles du comportement alimentaire :

Les contraintes de poids observées dans les disciplines qui exigent certaines morphologies, une minceur dans les sports esthétiques ou artistiques (gymnastique, danse, natation synchronisée) ou un poids corporel strict (lutte, boxe, sports à catégorie de poids), entretiennent une préoccupation excessive vis-à-vis du poids ou de l’image corporelle.

Les fluctuations rapides du poids oscillant entre période de restriction énergétique et pléthore déstabilisent la sportive dans son alimentation et son comportement.

La gestion des émotions constitue un élément de fragilité, en influençant l’alimentation, avec de nombreux phénomènes d’insatisfaction et de compensation, observés dans les situations de gestion du stress compétitif, les troubles de l’humeur liés aux défaites sportives ou rencontrées lors de blessures…

Le modèle athlétique présent dans le milieu sportif et surtout extra-sportif, indépendamment des contraintes de poids liées à certaines disciplines, entretient le culte du corps athlétique, perçu comme une norme exigée.

La médiatisation excessive de certaines athlètes ou de personnalités, présentées comme des modèles, peut parfois inciter certains sportifs à leur ressembler, ce qui renforce le sentiment de frustration vis-à-vis de l’image corporelle.

Les facteurs de personnalité :


En dehors du contexte sportif, la personnalité de la sportive peut comporter des facteurs de vulnérabilité, influencés par les traits de caractère :

L’insatisfaction corporelle vis-à-vis de l’image que renvoie la silhouette, par rapport à la norme athlétique entretenue dans le milieu sportif, constitue un facteur de risque.

Le perfectionnisme,
est une qualité appréciable pour optimiser la préparation physique et technique, mais peut également concerner le mode alimentaire et l’image corporelle, aboutissant à des comportements excessifs.

Chez les jeunes , la peur de la maturité et de ses transformations corporelles, associée aux modifications physiques induites par la pratique sportive, constituent un facteur de vulnérabilité, justifiant d’être d’autant plus vigilant chez la pré pubère pratiquant un sport à charge d’entraînement élevée (gym, natation, tennis...)

 
 
  Références de l'article
  Auteur(s) : Dr P. Bacquaert
Dr Patrick Bacquaert,
Médecin du Sport, à Lille,
Médecin Chef de l'IRBMS
  Publié le : 30.10.10
  Lecture : Tout Public
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du comportement alimentaire.
  + TCA et lutte de haut niveau
(Témoignage anonyme).
 
 
 
 
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Anorexie
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L’anorexie représente un trouble du comportement alimentaire particulièrement présent dans le milieu sportif, de façon plus prononcée dans les sports esthétiques, artistiques ou les disciplines à catégories de poids. La symptomatologie clinique est bien décrite, mais les signes annonciateurs sont souvent négligés. Le diagnostic est tardif et la prise en charge est incomplète.

Contexte de survenue

Certains facteurs de prédisposition constituent
un terrain favorisant l’apparition d’une anorexie :

• L’influence du contexte familial, avec en particulier
des antécédents de régime hypocalorique, l’attrait
excessif vis-à-vis du poids ou de l’image corporelle,
une corpulence maigre ou obèse chez les parents.
• Le contexte émotionnel de la période
de la puberté fragilise l’adolescent.
• Les restrictions alimentaires sont souvent mal
supportées, source de frustrations et d’anxiété.

Les facteurs déclenchants  induisent la maladie
et sont souvent initiés par des difficultés dans
la gestion des émotions :

• Tout sentiment d’isolement ou de séparation, que
ce soit avec la famille ou les amis, rencontré par
exemple lors d’une intégration en internat ou centre
de haut niveau, un stage d’entraînement,
un déménagement, mais aussi la disparition d’un proche,
un deuil.
• La naissance ou l’arrêt d’une relation sentimentale.
• Le sentiment d’échec, lors d’une compétition,
dans le domaine scolaire ou professionnel.

Triade clinique classique des « 3A »

L’anorexique commence par une diminution ou une perte de la sensation de faim, évoluant secondairement vers un refus volontaire de s’alimenter. Cette perte de sensation de faim peut être niée ou reconnue par la sportive.
L’aménorrhée se définit comme une absence d’au moins 3 cycles sexuels. Elle est consécutive à la souffrance psychologique et à la restriction alimentaire, aussi bien quantitative que qualitative. Lien aussi possible avec une hyperactivité sportive.
L’amaigrissement est secondaire à la restriction des apports caloriques. Cet amaigrissement est souvent important et impressionnant, pouvant atteindre 50 % du poids corporel pour l’âge. Il est souvent banalisé ou dissimulé par la sportive et entretenu par le regard et les préoccupations de l’entourage vis-à-vis de cette perte de poids.

Signes psychologiques

Une attitude incohérente vis-à-vis de la nourriture s’observe par une restriction alimentaire sévère et volontaire, associée à des désordres alimentaires et comportementaux, tels dans la sélection des aliments, le recours aux vomissements ou prises de laxatifs…

Le trouble de l’image corporelle s’exprime par une préoccupation excessive vis-à-vis du poids et de la nourriture. La perception de l’image corporelle est altérée, répondant à un idéal de minceur. La peur permanente de grossir, même si l’apparence est déjà très maigre, est à l’origine de régimes hypocaloriques sévères. L’anorexique est toujours insatisfaite de sa silhouette et se trouve toujours « trop grosse ».
Ce comportement se manifeste par des pesées successives notamment après chaque repas.

L’anosognosie se caractérise par une négation des faits. L’anorexique se complaît dans sa maigreur, s’en réjouit, donnant à son entourage l’impression d’une certaine assurance et une maîtrise de soi, associée à une indifférence vis-à-vis de sa santé. Ce déni des troubles est un facteur aggravant, car il s’oppose à une prise en charge efficace.

L’hyperactivité se manifeste en particulier par un engagement massif dans les activités physiques, ce qui contraste avec l’état de maigreur extrême. La fatigue est généralement dissimulée.

Un surinvestissement intellectuel rejoint l’hyperactivité, et s’exprime par un engouement parfois effréné dans les tâches scolaires ou universitaires, mais la créativité en est souvent absente.

L’affectivité est bloquée, la vie sexuelle est souvent inexistante, les contacts sociaux pauvres, avec une faible extériorisation en société. Le comportement de l’anorexique s’inscrit dans une routine, évitant tout facteur de stress, tout conflit, fuyant les problèmes. Des facteurs émotionnels familiaux sont parfois associés.

Signes de carence

L’alimentation généralement très hypocalorique, entraîne des carences nutritionnelles qui s’expriment par différents troubles :

Les signes cutanés et des phanères sont dominés par une blancheur et sécheresse de la peau, la perte de cheveux, des ongles cassants, un lunago (duvet cutané).
La déminéralisation osseuse expose au risque de fracture et d’ostéoporose. Elle fragilise également la dentition, avec une atteinte de l’émail, un risque de déchaussement et de chute des dents.
Les troubles cardio-vasculaires sont perceptibles avec une bradycardie, une hypotension artérielle par hypovolémie. La peau violacée et moite des extrémités témoigne d’un trouble circulatoire.
Une fonte musculaire, une hypothermie, un renfoncement des yeux dans les orbites sont classiquement observés.

Signes de gravité


• Les formes pré pubertaires exposent à un retard de croissance important, qui peut devenir irréversible.
• L’existence d’épisodes associés de boulimie est également un facteur aggravant.

L’aggravation progressive des troubles peut conduire à envisager l’hospitalisation, devant un épuisement physique, une hypotension ou une bradycardie sévère, un trouble du rythme cardiaque, un trouble de l’humeur, une maladie infectieuse, une anémie sévère, une hypoglycémie ou hypokaliémie… ou, à fortiori, un trouble de la vigilance.

Complications de l’anorexie

De nombreuses complications émaillent l’évolution de la maladie et touchent toutes les fonctions vitales, par carence nutritionnelle sévère.

Conduite à tenir


La prise en charge doit être pluridisciplinaire orientée vers des professionnels de santé spécialisés.
L’instauration du traitement débute parfois par une hospitalisation pour instaurer un isolement. Cet éloignement agit comme une « cassure », et va permettre d’éliminer le cercle vicieux et les facteurs de survenue d’ordre familial.

La réalimentation sera progressive sur plusieurs mois et planifiée en accord avec la sportive.

La correction des désordres métaboliques
justifie un traitement médical, pouvant parfois tenir de la réanimation selon l’état de santé de la patiente ou la survenue de complications.

Une thérapie comportementale ou familiale s’envisage dans certains cas, pour établir la base de nouveaux rapports et une reprise adaptée du sport.

Evolution


Le pronostic clinique et évolutif dépend de la rapidité du diagnostic et de la prise en charge.
La guérison de la triade clinique s’observe dans la majorité des cas, mais la guérison des troubles psychologiques est longue. Les rechutes sont fréquentes.
L’anorexie reste une maladie mortelle avec environ 8 % de décès, survenant par complications métaboliques, trouble du rythme cardiaque, arrêt cardiovasculaire ou suicide.

Prévention

La prévention demande un dépistage le plus précoce possible, ce qui légitime la nécessité d’un suivi médical régulier du sportif, tout particulièrement pour les populations exposées.
Les facteurs de risques doivent être identifiés, et toute fluctuation rapide et inexpliquée du poids corporel doit retenir l’attention.
Des questionnaires validés sont utilisés pour étayer le diagnostic. Il s’agit principalement du EAT40 (ou sa version simplifiée EAT26) pour dépister les troubles du comportement anorexique et le QIC pour le dépistage d’un trouble de l’image corporelle.


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Boulimie
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La boulimie se caractérise par la survenue au moins deux fois par semaine, d’un « accès boulimique », vécu comme une véritable crise de perte de contrôle de l’alimentation.
Dans le milieu sportif, ce trouble du comportement alimentaire touche essentiellement l’adolescente et la jeune pratiquante.

Contexte de survenue

On retrouve dans le milieu sportif des éléments favorisant la survenue d’un trouble boulimique : le contexte compétitif anxiogène, l’attrait porté sur l’image corporelle, mais surtout toute situation de restriction énergétique ou de privation alimentaire…
Les sports à catégories de poids, ainsi que les disciplines esthétiques ou artistiques constituent des populations à risque.

L’accès boulimique

L’accès boulimique correspond à la survenue d’une sensation de faim dans un contexte d’angoisse caractérisé par une excitation et une absence de contrôle de l’acte alimentaire. Le besoin de manger est alors imprévisible et échappe à tout contrôle.

Ces pulsions alimentaires incontrôlables gardent une connotation de plaisir, et sont généralement orientées vers les aliments très caloriques Ces accès boulimiques sont rapides, ce qui reflète l’absence de contrôle alimentaire. La voracité n’apporte qu’une mastication insuffisante des aliments, à l’origine de troubles digestifs secondaires.

L’accès boulimique se termine lorsqu’il déclenche une douleur abdominale, lorsque les aliments ne sont plus disponibles (le réfrigérateur est vide), ou lorsqu’un événement extérieur survient et stoppe le comportement.

Ces épisodes de frénésie alimentaire sont suivis par des douleurs et pesanteurs abdominales, nausées vomissements, une sensation désagréable d’inconfort et d’impression d’être difforme.

Ce comportement s’accompagne de phénomènes compensatoires, avec un recours à des activités physiques excessives, des vomissements, ou la prise de diurétiques et laxatifs.

Complications de la boulimie

Les complications les plus fréquentes sont consécutives aux vomissements, tels que les gingivites, reflux gastro-oesophagiens, gastrites.
On peut également rencontrer des troubles du cycle menstruel, des troubles de l’humeur sous forme d’épisodes dépressifs.
Dans les formes évoluées une prise pondérale peut apparaître.

Conduite à tenir

Le pronostic dépend de la précocité du diagnostic et de la prise en charge psychologique, un suivi nutritionnel et médical.
Une éducation nutritionnelle doit donner de nouveaux repères, tant sur l’aspect qualitatif que sur les rythmes alimentaires.
Le suivi psychologique est déterminant dans la prise en charge du contexte anxiogène et éventuellement de l’humeur dépressive.

Prévention

Le suivi médical régulier des sportifs est une fois de plus un élément de prévention, pour identifier les facteurs de risque et les signes prémonitoires.

Savoir gérer son stress et ses émotions constitue un élément déterminant dans la prévention de la boulimie, ce qui doit inciter à un avis ou suivi spécialisé dans le cadre d’une préparation physique chez la sportive.
Le respect d’une alimentation diversifiée et équilibrée au quotidien, associée à des adaptations spécifiques dans le cadre d’une pratique sportive, apparaît aussi être un facteur de prévention déterminant.




 
     
 
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