Toujours y penser permet de retrouver
les facteurs favorisants.
On se rappelle que tout traumatismes
mineur, majeur, quelle que soit l’articulation,
quelles soient les circonstances de
survenue, et quel que soit le traitement,
peut provoquer le déclenchement
d’une algodystrophie. Les
facteurs favorisants sont :
• un terrain psychique particulier
qui peut paradoxalement être
lié à une attitude anxieuse
initiale jusqu'au contraire à
une attitude d’hyperactivité
chez un sportif désirant une
guérison plus rapide que d’ordinaire
• une immobilisation prolongée
• un arrêt de travail
concomitant au traumatisme additionnant
repos sportif et inoccupation inhabituelle
• un non-respect de l’impotence
fonctionnelle lors de la prise en
charge initiale
• une kinésithérapie
trop agressive ou au contraire trop
lascive
• un repos ou un traitement
non respecté
Toutes les étiologies n’ont
aucune valeur si le médecin
n’y pense pas systématiquement
devant une évolution clinique
inhabituelle.
Examens cliniques
Le sportif consulte souvent, muni
d’une « brouette »
d’examens complémentaires,
tant il a vu de nombreux praticiens,
voire frappé à de nombreuses
portes de personnes pratiquant l’exercice
illégal de la médecine
!!!...
Personne n’y a pensé,
donc il n’y a pas eu d’examen
spécifique pour diagnostiquer
cette algodystrophie.
• on retrouve une douleur intense
polymorphe inhabituel de l’ensemble
de l’articulation touchée,
voire de l’ensemble du membre
type « épaule/main ».
• il existe une limitation fonctionnelle
articulaire avec une raideur segmentaire
• une hyperesthésie est
retrouvée
• on retrouve des signes locaux,
rougeurs, blancheurs, peau fine
• un œdème englobe
l’articulation douloureuse
• une hypersudation ou une chaleur
anormale par rapport au côté
contre-latéral est retrouvée
Devant ces signes inhabituels, penser
à l’algodystrophie, c’est
demander des examens complémentaires.
Les examens complémentaires
• la radiographie standard
En phase chaude post-traumatique
immédiate, les radiographies
sont souvent normales. Par contre,
au bout d’une évolution
plus tardive, de plus de 1 mois, on
retrouve des images systématiques
et caractéristiques de déminéralisation
loco-régionale de type moucheté.
Le côté contre-latéral
étant normal, on pense à
une déminéralisation
de type algodystrophie en éliminant
bien entendu les différents
diagnostics différentiels (ostéoporose,
tumeur osseuse, etc…)
Les deux examens de choix qui permettent
d’établir avec certitude
l’algoneurodystrophie sont :
- la scintigraphie osseuse
- l’imagerie par résonance
magnétique nucléaire
• la scintigraphie
osseuse
Très sensible mais peu spécifique.
Pour nous, le recours à cette
exploration doit être systématique,
tant les signes d’hyperfixation
sont évidents. Toutefois, il
faut s’aider du contexte clinique
pour affirmer l’algodystrophie.
• l’IRM
Permet certes un diagnostic précoce
et rapide en montrant des oedèmes,
voir des perturbations fracturaires
trabéculaires, mais ces signes
peuvent également être
non spécifiques et pouvoir
évoquer fracture de fatigue,
ou périostite.
Les autres examens type échographie,
scanner, arthroscanner ou autre n’ont
pas d’utilité dans ce
cadre.
Le bilan biologique n’est pas
indispensable, mais permet d’évoquer
un diagnostic différentiel.
En tout état de cause, il n’existe
pas de perturbation particulière.
Conduites à
tenir
Quand le diagnostic d’algodystrophie
est évoqué avec certitude,
il faut informer son patient sportif
de la découverte de cette pathologie,
en le rassurant et en l’informant
que désormais son problème
sera résolu. Cette approche
psychologique joue un grand rôle
dans le contexte clinique.
Le traitement visera alors à
reprendre complètement les
conduites antérieures avec
une modification profonde de la prise
en charge par rééducation
fonctionnelle et kinésithérapie.
• la rééducation
Elle sera proposée en piscine,
afin d’aider à la remobilisation
fonctionnelle. On conseillera des
séquences régulières
d’application de chaleur suivie
de cryothérapie. L’électro-physiothérapie
sera conseillée dans un premier
temps, avec drainage lymphatique manuel
ou mécanique (pressothérapie).
La kinésithérapie sera
longue, progressive, dans le respect
strict de la non-douleur.
Progressivement, on pourra introduire
un renforcement musculaire manuel,
puis une mobilisation articulaire
régionale et loco-régionale.
Enfin, un travail proprioceptif et
une réadaptation habituelle
seront proposés.
Le kinésithérapeute
devra informer le médecin devant
toute évolution soit très
lente soit régressive.
• la prise en charge médicamenteuse
De nombreux traitements sont proposés.
On luttera d’abord contre la
douleur et l’œdème,
selon le traitement classique en favorisant
le paracétamol et l’application
régulière de froid.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens,
déjà largement utilisés
avant le diagnostic d’algodystrophie,
sont rarement efficaces.
- les bêtabloquants
L’Avlocardyl® est souvent
utilisé, afin d’agir
sur la composante anxieuse de l’algoneurodystrophie.
Seul, l’efficacité est
limitée.
La calcitonine est le traitement le
plus utilisé. Son action est
souvent spectaculaire, même
si le traitement est quelquefois mal
supporté.
On utilisera un traitement «
d’attaque » sous forme
d’injections sous-cutanées
quotidiennes en injections lentes,
de préférence le soir,
avec la prise d’un anti-hémétique,
pendant deux ou trois semaines, puis
on continuera en fonction de l’évolution
le traitement pendant plus de un mois
à dose plus espacée.
- les anxiolytiques et antidépresseurs
Ils peuvent jouer un rôle complémentaire
important puisqu’on lutte dans
ce cas sur une des causes de l’algodystrophie.
Le médecin jugera de l’opportunité
de la mise en place d’un vrai
traitement en fonction du terrain.
L’aide d’un psychothérapeute
ou d’un psychiatre peut être
utile à ce stade.
- les blocs intraveineux
régionaux
Réalisés en milieu
hospitalier, ils sont souvent utiles
en période secondaire vers
la transition de la phase fin, lorsque
l’on a une extension loco-régionale
inquiétante.
Ils doivent être réalisés
dès l’échec à
la prise en charge initiale.
- les autres traitements
On peut s’aider de tout ce
qu’il existe à notre
disposition pour combattre cette algoneurodystrophie
handicapant fortement le sportif et
pouvant briser une carrière
chez un sportif de haut niveau.
La mésothérapie, l’acupuncture,
l’homéopathie, l’oligothérapie,
la phytothérapie, restent des
moyens complémentaires utiles
mais insuffisants en monothérapie.
Chez les sportifs de haut niveau,
on peut également conseiller
une prise en charge globale dans le
cadre d’un centre de rééducation
spécialisé pendant une
durée de 3 semaines à
un mois.
Conclusion
Tout sportif, quel que soit son traumatisme
ou son niveau de pratique, peut présenter
une algodystrophie. Le médecin
joue un rôle essentiel dans
le cadre du diagnostic précoce.
La prise en charge, même si
elle est très bien codifiée,
doit être rigoureuse, longue,
mais toujours efficace. Il faut éviter
de multiplier les examens inutiles,
qui par leur caractère anxiogène,
viendront compliquer l’évolution
de l’algoneurodystrophie.
La guérison passe par un soutien
psychologique et l’assurance
que les thérapeutes connaissent
bien cette maladie.
Dès que le diagnostic est
évoqué, par la réalisation
d’une scintigraphie osseuse
ou un IRM, le traitement doit être
instauré immédiatement.
Pour terminer, la meilleure prévention
passe par une information du plan
médico-sportif, et les repérages
immédiats du profil du sportif
blessé, dont son état
antérieur psycho-émotif.
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