Ton entraînement
respecte t-il un plan bien précis
?
« Les plans d’entraînement
nous sont transmis en tenant compte
des résultats des tests VO2max,
et des tests de terrain (lactates).
Mais ça ne représente
qu’une base de travail, que
j’adapte en fonction de mes
envies, de la météo,
de mon état de forme ou de
fatigue, de mon ressenti. Ca ne doit
pas être trop rigide, il faut
se laisser des alternatives. »
Sur la trentaine de cyclistes
de l’équipe, l’ambiance
est bonne ?
« L’effectif est fractionné
en groupes de 8, répartis sur
les différentes compétitions.
Donc finalement, on ne se voit pas
beaucoup, on ne fait que se croiser.
C’est d’ailleurs l’objet
du stage d’entraînement
(décembre/janvier), de regrouper
tout le monde au même endroit
pour renforcer l’esprit d’équipe.
C’est la particularité
du cyclisme, c’est un sport
très individuel. »
D’autant plus que les
coéquipiers d’aujourd’hui
seront les adversaires de demain !
« Je garde de très bons
contacts avec mes anciens coéquipiers.
Mais les relations sont assez superficielles,
ce qui explique la situation actuelle
du cyclisme. On ne peut créer
une véritable unité
: les gens se croisent, et ne peuvent
réellement s’attacher.
On les côtoie 8 mois puis ils
disparaissent. Les contrats d’embauches
CDD sont de plus en plus courts. A
long terme, c’est assez frustrant,
et très superficiel. Finalement,
le cyclisme est un sport individuel
qui se pratique en groupe. »
Qu’est ce qui fait
quitter une équipe, pas forcément
parce qu’on n’a pas assuré
son contrat et son rôle dans
l’équipe ?
« Ça peut venir de l’employeur
ou du coureur : De l’employeur
s’il veut renouveler son effectif
pour renforcer la cohésion
du groupe. Du coureur s’il n’a
plus envie d’évoluer
dans la structure.
Les motivations de départs
sont multiples. Il peut s’agir
d’aspirations personnelles,
de propositions plus attrayantes ailleurs,
ou de la capacité propre du
coureur, sa socialisation dans l’équipe,
indépendamment des résultats
sportifs.
De plus en plus de coureur viennent
des pays de l’est et bradent
les salaires. C’est de plus
en plus difficile de trouver une équipe
actuellement. L’âge idéal
reste entre 25 et 28 ans. »
Depuis quand connais-tu l’irbms
?
« Depuis mes premiers tests
d’effort dans le cadre du Suivi
Médical Longitudinal Contrôlé
(SMLC). C’était en 1999,
sous les couleurs du Crédit
Agricole, avant de passer chez l’Us
Postal. J’avais besoin de passer
sur un plateau technique agréé
comme celui de l’irbms pour
valider ma licence élite.»
Que penses-tu du SMLC imposé
par la Fédération Française
?
« C’est pour moi une nécessité.
A partir du moment où l’on
pratique un sport de façon
régulière, il devient
indispensable d’avoir un suivi
médical renforcé, dans
un but de préserver sa santé,
déceler certaines maladies
éventuelles, des dysfonctionnements
de l’organisme à l’effort...
Un tel suivi devrait être systématique,
pas seulement dans le vélo,
mais pour toutes les disciplines.
Il devrait se généraliser
à toutes les fédérations
sportives
C’est une obligation à
partir d’un certain niveau de
pratique et d’un certain âge,
indépendamment du statut d’élite
ou d’athlète de haut
niveau. Même pour un sportif
amateur, car certains d’entre
eux ont un niveau de pratique suffisamment
intense pour justifier un tel suivi
médical spécifique.
Et plus le sportif est âgé,
plus il se justifie.
Le fait de faire une échographie
cardiaque couplée au test d’effort
permet de faire un bon diagnostic
de l’aptitude à la pratique
sportive.
La spécificité d’un
tel suivi médical permet également
d’évaluer et de connaître
son niveau de performance. »
Donc à t’entendre,
le vélo est néfaste
à la santé ?
« Non, pas forcément,
mais il peut le devenir, comme tous
les sports, à partir d’un
niveau de pratique trop intense. 35
000 Km/an peut laisser des traces,
et occasionner des troubles plus ou
moins graves. Pratiquer le vélo
à haut niveau n’est pas
forcément néfaste, mais
justifie par contre une surveillance
particulière. »
En complément du SMLC,
quel est le suivi médical au
sein de l’équipe ?
« Chez Quick Step, le plateau
technique référent se
situe en Belgique à Louvain.
Au sein de l’équipe,
trois médecins suivent les
30 cyclistes de la formation.
On bénéficie d’une
consultation toute les semaines par
le médecin d’équipe,
en général sur le lieu
de compétition, consultation
classique, ou orientée vers
un problème particulier selon
l’état de forme du cycliste.
Quatre bilans sanguins obligatoires
sont réalisés chaque
année, auxquels se rajoutent
éventuellement des investigations
complémentaires selon l’état
de santé, les symptômes
(fatigue par exemple). »
Question diététique,
as-tu un suivi particulier ?
« Le suivi est assuré
par le médecin d’équipe.
Il donne des conseils sur les menus.
En fait le médecin d’équipe
dépasse son rôle purement
médical, et sait apprécier
quantitativement et qualitativement
le travail fourni, donne des conseils
de prévention, sur les rythmes
d’entraînement, la diététique,
la récupération…Mais
au fil des années, j’ai
appris à me connaître,
et j’ai mes habitudes d’hygiène
de vie. »
A titre d’exemple,
qu’as-tu comme boisson d’effort
?
« A l’entraînement,
c’est moi-même qui les
prépare en fonction de mes
envies, à base de boissons
énergétiques, ou de
sirop de fruit.
En compétition, les boissons
d’effort sont préparées
par les soigneurs, à base d’eau
et de Malto-Dextrines ou de sirop.
S’il fait chaud, il y a aussi
tout simplement de l’eau. On
nous propose aussi systématiquement
une boisson de récupération
dès la fin de course, une boisson
sucrée avec un léger
apport protéiné.
Et ça représente
quelle quantité ?
« Tout dépend de la distance
parcourue, des conditions météo.
Mais sur un Tour de France, chaque
étape, ça peut varier
de 6 à 14 bidons (3 à
7 litres). »
Finalement, en plus du suivi
sportif, médical, diététique…
que manquerait-il au suivi des élites
?
« Dans le peloton, il manquerait
peut être à certains
cyclistes un suivi psychologique,
orienté vers la gestion du
stress, la préparation à
l’effort, le travail motivationnel,
pour mieux gérer le stress
des compétitions et éviter
à certains de perdre une partie
de leurs moyens à cause de
ça.
C’est à proposer selon
le tempérament de chacun. Certains
en ont vraiment besoin, d’autres
pas. »
Quel est ton meilleur souvenir
de ta saison 2005 ?
« Ma seconde place à
Mandes, où je suis passé
très proche d’une victoire
d’étape au Tour de France»
Et le pire ?
« Mon abandon au Championnat
de France à Boulogne, à
mi course, sur problème technique.
En plus c’était dans
ma Région. »
Tes objectifs pour 2006 ?
« Je vais courir pour le deux
leaders de l’équipe :
Tom BOONEN – Paolo BETTINI.
Je rentre du Paris-Nice, et mes principaux
objectifs sont le Tour de France,
le Dauphiné Libéré,
et le Tour d’Espagne. »
En 2004, tu as été
victime d’une manipulation dans
une affaire de dopage.
Pas facile à gérer !
« Ça a été
un moment difficile c’est vrai.
Tout est parti d’une analyse
capillaire trafiquée positive
à la cocaïne, des procès
verbaux trafiqués que je n’ai
jamais signés…Pour moi,
ce n’est pas du vélo,
c’est des affaires parallèles
que je ne mélange pas avec
le cyclisme. C’est une expérience
malheureuse de la vie.
Ce qui me gène, ce n’est
pas ce que les gens peuvent penser
de moi, mais du regard des gens sur
mes proches, car je n’avais
rien à voir avec tout ça.
Encore, si j’avais eu une quelconque
implication, mais ce n’est pas
le cas.
Il faut replacer cette histoire dans
le contexte. C’est intervenu
après le décès
de Pantani. En m’accusant de
"consommateur de cocaïne",
c’est une façon de faire
passer les cyclistes comme des drogués.»
Tout sportif peut être
confronté au dopage un jour
ou l’autre ?
« Oui, et quand un contrôle
est positif, cela impose que le sportif
paye, mais après avoir été
écouté, compris, jugé.
Mais actuellement on fait l’inverse,
on crie d’abord au scandale
sans même savoir si le sportif
y a été mêlé.
On ne leur donne pas de 2éme
chance. On ne cherche pas à
comprendre, mais avant tout à
assassiner sans réfléchir.
Mais dans l’histoire, c’est
le sportif qui est sali (à
vie), c’est l’équipe,
la famille… A entendre certains
médias, on a l’impression
d’être des drogués,
des pourris ! »
Pourquoi parle t-on tant
de dopage dans le cyclisme, par rapport
aux autres sports ? Parce que c’est
un sport très populaire ?
« Peut être, mais c’est
surtout parce qu’il n’y
a pas d’unité dans la
discipline. Contrairement à
d’autres sports, il n’y
a aucun verrou, tout se sait, alors
que le problème de dopage existe
dans toutes les disciplines.»
Quelle alternative ?
« En France, on confond dopage
et accompagnement de la performance
: rien est fait pour développer
l’optimisation de la performance,
telle que l’accès aux
tests d’effort, leur interprétation,
la diététique, les tests
de terrain, le suivi biologique…
La médecine du sport manque
de formation et n’est pas assez
spécifique dans la prise en
charge. »
Et la vie de famille dans
tout ça ?
« Concilier vélo et vie
de famille est parfois difficile,
mais ça fait parti des règles
du jeu. Et puis, on n’est pas
cycliste professionnel à vie,
ça ne dure qu’un temps.
Mais c’est vrai que ça
peut être une cause de frustration,
et devenir parfois pesant. »
Penses-tu à «
l’après vélo »
?
« L’après vélo,
je n’y pense pas trop. Ça
peut étonner, mais ça
veut dire aussi que je ne suis pas
arrivé au bout. Je pense que
je resterai dans le milieu cycliste,
tout au moins le monde sportif. J’aurai
du mal à m’en passer,
comme d’être à
l’écart du public. »
Quelle est ta formation ?
« Bac C, puis j’ai intégré
HEI avec 2 années prépa
(Mat Sup et Spé.) puis 1ére
année d’ingénierie.
»
|