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| Témoignage |
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| Cédric
VASSEUR, |
| ancien
cycliste professionnel |
A
travers sa longue carrière
sportive, Cédric Vasseur,
originaire du Nord, a réalisé
plusieurs tests médico-sportifs
au sein de l'IRBMS.
Dans le cadre des missions
de l'IRBMS, Cédric
Vasseur, président de l'Association
Internationale des Coureurs Cyclistes
Professionnels (CPA), depuis
le 20 octobre 2007, a
bien voulu nous prêter main
forte
pour illustrer cette rubrique.
Merci Cédric ! |
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"
L’efficacité
de la lutte contre
le dopage passe par la prévention
" |
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Propos
recueillis le 26 février
2008,
par le Docteur
Frédéric Maton. |
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Quel
constat peut on faire aujourd’hui
de la lutte anti-dopage ?
La lutte anti-dopage existe depuis
plusieurs années et ne
marche pas. Ce fléau est
toujours présent, voire
de plus en plus présent,
car la lutte anti-dopage est trop
répressive.
Bien sûr le dopage
touche le haut niveau, qui est
une vitrine pour les médias.
Mais il se propage également
chez les jeunes particulièrement
vulnérables, ainsi
que dans le milieu amateur.
Comment
un sportif amateur
en arrive au dopage ?
Un jeune aujourd’hui a l’impression
que le dopage est le seul moyen
d’augmenter ses performances,
que c’est un passage obligé.
Pourquoi ?
D’abord, parce qu’il
méconnaît les effets
des médicaments, qui paraissent
toujours anodins à tord,
en particulier pour des médicaments
courants. Il faut prendre conscience
de la dangerosité
des produits dopants sur la
santé de l’athlète.
Les effets bénéfiques
attribués à certaines
molécules cachent toujours
des effets secondaires
nocifs sur la santé.
D’autre part, parce que
l’environnement du sportif
l’encourage à toujours
aller plus loin. Les publicités
dans les magazines incitent à
prendre des produits. Cela
commence par des vitamines puis
acides aminés
puis on ne fait plus la différence
avec d’autres molécules
et des médicaments. Une
dérive s’installe
et incite à aller plus
loin et taper plus fort. Ce n’est
pas une démarche propre
au sportif, mais un problème
de société plus
large, où chacun cherche
à augmenter ses performances
dans son domaine de compétence.
S’y ajoutent parfois de
mauvaises fréquentations
qui peuvent être l’élément
décisif qui fera basculer
un athlète fragilisé. |
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N’a-t-on pas
tendance à ne parler
que du sportif quand on parle dopage
? |
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On parle en effet
beaucoup des sportifs, et malheureusement
sur un aspect répressif, comme
s’ils étaient les seuls
fautifs. A coté de ça,
on oublie d’évoquer leur
santé.
La lutte anti-dopage doit concerner
tout le monde et faire intervenir un
grand nombre d’acteurs qui gravitent
autour du sportif. Il faut travailler
avec les douanes, déceler les
filières de financement, les
réseaux d’approvisionnement...
Les sponsors doivent aussi être
impliqués, car ils ont
leur mot à dire pour garantir
l’éthique sportive.
L’industrie pharmaceutique doit
aussi s’impliquée, car
le marquage des produits
interdits est évoqué
pour mieux les déceler. Mais
ce n’est pas encore fait, pourquoi
?
Les fédérations doivent
également évoluer, et
uniformiser les contrôles
et les règlements, car
aux yeux du grand public, certaines
d’entre-elles aujourd’hui
apparaissent des fédérations
dopées et d’autres propres.
Or, toutes les fédérations
sont concernées par ce fléau.
Encore faut il que tout le monde joue
le jeu pour protéger
la santé des athlètes.
Comment la médecine
doit elle évoluer ?
Les sportifs aujourd’hui ont
l’impression de ne pas avoir
accès à une médecine
qui leur soit adaptée, qu’ils
ne peuvent pas se soigner correctement.
Ils ont l’impression que la
médecine répond plus
à une obligation de suivi que
de recherche ou d’accompagnement
à la performance.
Le suivi
médical et la lutte anti-dopage
relèvent d’un véritable
suivi de spécialistes,
et doivent faire appel à des
personnes spécifiquement qualifiées.
Hors peu de professionnels de santé
sont actuellement formés. Cette
médecine spécialisée
doit être accessible à
tous, les élites comme les amateurs,
car tous les sportifs sont touchés
de la même façon.
Les Antennes
Régionales anti-dopage accueillent
les sportifs confrontés
à ce problème, pour se
soigner de façon anonyme.
Est ce une avancée ou un artifice
de plus ?
C’est un dispositif intéressant
car cela permet une prise en charge
médicale des complications de
certains produits, et surtout des problèmes
de dépendance, quelque
soit le degré.
Ce dispositif permet aussi de garder
un lien avec les sportifs une fois qu’ils
ont terminé leur carrière,
qu’ils n’intéressent
plus les médias, et qu’ils
sont oubliés de tous.
Mais la démarche initiale doit
provenir de l’antenne car les
sportifs ne feront pas le premier pas.
Un effort de communication doit être
fait.
Les contrôles
anti-dopage dans le dispositif, n’apparaissent
il pas obsolètes ?
Les contrôles
tiennent leur place dans l’arsenal
anti-dopage, mais ils ne résoudront
pas à eux seuls ce fléau.
Ils sont essentiellement dissuasifs,
et limitent les incitations et les dérives.
Il y a sans doute un problème
dans la répartition, car il
n’y en a pas assez dans le milieu
amateur, alors que tous les sportifs
sont touchés de la même
façon, indépendamment
du niveau de la compétition.
Mais les contrôles ne sont qu’une
vitrine, qui ne doit pas faire oublier
le réel enjeu de la lutte anti-dopage,
que représentent les
alternatives et la prévention.
Que peut on
entendre par « alternatives au
dopage » ?
L’alternative au dopage passe
par la prévention orientée
vers l’optimisation des performances.
Cela repose sur un suivi
médical spécifique
par des médecins spécialisés,
un suivi diététique
tourné vers la gestion de l’effort
et la performance, le suivi
psychologique incluant la sophrologie
et la gestion du stress, la réalisation
de tests d’effort spécifiques
pour orienter l’entraînement
vers des séances spécifiques
aux capacités physiques de l’athlète...
Le calendrier sportif doit être
adapté pour éviter le
surentraînement et un excès
de compétitions…
Certains diront que c’est plus
facile de se doper, mais que peut on
espérer éprouver de mieux
à ne pas se doper ?
Au cours de ma carrière professionnelle,
je me suis rendu compte à quel
point ces alternatives sont
réellement efficaces,
et permettent d’être plus
performant, sans avoir recours à
un procédé artificiel.
J’en ai tiré une grande
satisfaction, car gagner une course
ou une victoire d’étape
"proprement" devient alors
beaucoup plus valorisant.
Si ces alternatives
apparaissent si efficaces, pourquoi
ne pas y avoir recours ?
Parce qu’il y a une méconnaissance
profonde de ces alternatives, quelque
soit la discipline, le niveau de pratique
ou l’enjeu. Moi-même au
cours de ma carrière, je n’ai
jamais bénéficié
d’une quelconque information sur
ces alternatives, sur l’accompagnement
à la performance, et je le regrette.
Il a fallu que ce soit moi qui fasse
la démarche. Les coureurs
manquent d’info sur la dangerosité
des produits et l’existence
des alternatives.
S’y ajoute un problème
d’accessibilité à
ces alternatives, souvent réservées
aux filières haut niveau. Les
jeunes et les sportifs amateurs y sont
complètement écartés,
ce qui explique peut être l’importance
des conduites déviantes dans
ce milieu.
L’athlète n’ira
jamais spontanément vers ces
structures, parce qu’il ne les
connaît pas. C’est à
ce niveau que les sponsors, les ligues,
les clubs, les fédérations,
doivent s’impliquer pour informer
et orienter vers des institutions
adaptées.
Pour conclure…
Vouloir dissocier performances et dopage
et s’orienter vers un aspect répressif
ne peut que conduire à l’échec.
La lutte anti-dopage doit essentiellement
passer par la prévention, surtout
sur les jeunes sportifs, pour informer
sur ce que l’on peut faire, et
pas seulement sur ce qu’on ne
doit pas faire ! Faisons comprendre
que tout n’est pas dopage.
L’efficacité de
la lutte contre le dopage passe impérativement
par la prévention dans le cadre
d’une optimisation des performances
!
Bien sur, ce travail de prévention
est coûteux, mais il représente
un investissement sur l’avenir.
Seule la prévention permettra
de changer les habitudes et les mentalités,
marquera les états d’esprits
de façon positive et durable.
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N.B. : Nous remercions Monsieur
Cédric VASSEUR,
ancien cycliste au palmarès exemplaire,
pour avoir accepté, à
partir de son expérience et de
son vécu, de parler de ce sujet
sans tabou.
Nous devons tous réfléchir,
à partir de ces propos, si
la lutte contre le dopage n’est
pas trop figée dans les structures
qui n’écoutent pas assez
les véritables acteurs et n’associent
pas assez les véritables compétences
à leurs réflexions.
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