Les Pubalgies du Footballeur
 

La pubalgie est une technopathie sportive avec atteinte de la symphyse pubienne qui est une articulation pratiquement immobile en avant du bassin en regard de la vessie. Pathologie souvent rencontrée lors de la pratique du football cette maladie tendineuse a été décrite pour la première fois en 1932 par le Docteur Spinelli chez un escrimeur.

Plus proche de nous on retiendra le cas de Franck Ribéry victime d’une pubalgie, qui l’éloigna de son meilleur niveau pendant plusieurs mois pour finalement faire partie des 23 joueurs sélectionnés pour disputer la coupe du monde de football 2010 avec l’équipe de France en Afrique du sud

 
Souvent considérée comme une maladie « fourre-tout », cette maladie a été décrite par deux médecins s’occupant particulièrement de la médecine du footballeur, le Docteur Alain Durey et le Docteur André Boeda.

Grâce à eux, non seulement il a été plus facile de diagnostiquer, de traiter précocement cette pathologie, mais de la prévenir en modifiant profondément la préparation physique généralisée des jeunes footballeurs.

Définition

La pubalgie (cf : notre dossier) est un syndrome doulou-reux se situant au niveau du pubis, pouvant englober plusieurs pathologies qui sont :

• la tendinite d’insertion des adducteurs
• la maladie d’insertion des grands droits
• l’ostéoarthropathie pubienne microtraumatique
• la pathologie du canal inguinal

Les tableaux cliniques peuvent se chevaucher. La véritable pubalgie est à la fois une combinaison d’un problème inguinal, d’une maladie des adducteurs et d’une ostéoarthropathie pubienne provoquée par la pratique du football dans le cadre d’une véritable technopathie.

Le diagnostic médical

Il est relativement simple, puisque le footballeur vient consulter pour une douleur d’apparition progressive, rarement brutale, survenant après la pratique du football dont le siège est le bas-ventre, le pubis, voire les adducteurs.

Les irradiations de ces douleurs se font soit vers les muscles abdominaux, soit vers le périnée et les testicules.

Ces douleurs peuvent être accentuées par la toux provoquée par les efforts de soulèvement ou par des mouvements brusques de flexion du tronc.

La douleur est le maître-mot de la pubalgie et provoque une impotence fonctionnelle totale, tant pour la pratique du football que dans beaucoup de mouvements de la vie professionnelle et vie personnelle.

Examen clinique

• l’interrogatoire
On recherche les facteurs favorisant, les modifications du type d’entraînement, la variation du type de terrain, mauvaise préparation physique, problème de chaussures. On retiendra également l’origine de la douleur, au repos, à la course, lors de la toux, etc

• l’examen clinique
Dans la grande majorité des cas, la douleur est souvent unilatérale et ne peut irradier des deux côtés. On recherchera donc l’origine de cette douleur, afin de mieux préciser le diagnostic.

Le maître mot de l’examen clinique est le signe de Malgaigne. On observe une voussure de la région inguinale qui apparaît lorsque l’on demande au footballeur de gonfler son ventre. Les orifices inguinaux sont douloureux, ils semblent souples et élargis.

L’on recherche de la même façon une douleur à la palpation de la symphyse pubienne à l’insertion des adducteurs et au niveau des orifices inguinaux.

Le médecin doit effectuer un testing musculaire des différents muscles concernés :
> ischio-jambiers, adducteurs, psoas, rotateur de hanche, grand droit, etc …
La plainte exprimée par le footballeur permettra d’orienter le diagnostic.

On s’aide dans cette avancée du diagnostic par un testing contrarié de l’ensemble des muscles concernés de façon à étudier la bilatéralité de la plainte.
L’examen de la statique au fil à plomb sur podoscope est nécessaire.

On recherchera un conflit rachidien.

• les examens complémentaires
Radiographies : Il s’agit essentiellement de la radiographie du bassin de face debout pieds nus, et en appui monopodal. On recherche effectivement une instabilité symphysaire. On peut compléter l’examen par une recherche d’un dérangement intervertébral, avec la réalisation d’un rachis lombo-sacré de face et de profil.
Les images confirmant la pubalgie seront des images typiques que l’on retrouve dans le cadre de la tendinite des adducteurs, avec irrégularité floue microgéode du rebord inférieur du pubis. Traditionnellement, ces images radiographiques ont été classées en 4 stades évolutifs : I = simple encoche et réaction sans grande modification osseuse à IV = synostose pubienne ou décalcification sur le trajet des adducteurs.

Imagerie : On s’aidera des éléments
complémentaires en imagerie :
• scanner,
• IRM,
• scintigraphie osseuse
• et échographie tendino-musculaire.

Biologie : recherche de principe d’un dysmétabolisme
 
Les pubalgies du footballeur
 
  Références de l'article
  Auteur(s) :

Dr P. Bacquaert

  Publié le : 31.05.06
  Modifié le : 11.01.11
  Lecture : Tout Public
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  Diaporama : "Pubalgies,
du diagnostic au traitement"
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  Lire aussi
  Dossier : Pubalgies, diagnostic, traitement, rééducation.
 
 
 
 
 
Petit rappel anatomique


La symphyse pubienne représente le lieu d’insertion de :

- Les muscles adducteurs forment un triangle à la face interne de la cuisse et sont composés de trois zones ou couches :

• supérieure avec le muscle pectiné, le moyen adducteur et le droit interne ; ils s’insèrent au bord inférieur du pubis.
• Moyenne avec le petit adducteur qui s’attache sur la branche supérieur du pubis
• Et la couche profonde constituée par le grand adducteur qui naît plus en arrière sur la branche ischio-pubienne.

- Les muscles abdominaux sont formés avec le grand droit, le petit oblique, le grand oblique, le fascia trasversali et le transverse. Il existe dans cet ensemble de muscles abdominaux des orifices et anneaux dont l’anneau inguinal qui est compris entre deux faisceaux du grand oblique représentant une zone de faiblesse musculaire provoquant l’origine des pubalgies.









 
 
 
 
         
  Diagnostic différentiel

Chez tout sportif, toute plainte peut nous amener vers un diagnostic erroné de pubalgie. Il s’agit :
• d’accident aigu musculo-tendineux des adducteurs
• de pathologie de hanche
• de fracture de fatigue
• de dérangement intervertébral
• arrachement épiphysaire chez l’enfant et l’adolescent
• pathologie rhumatismale inflammatoire chronique type spondylarthrite ankylosante
• pathologie inflammatoire aigue
• pathologie neurologique
• pathologie inflammatoire avec adénopathie

Le traitement

On se rappelle qu’il s’agit d’une technopathie liée à la pratique du football, de temps à autre d’autres sports ou de gestes professionnels peuvent être mis en cause.

Le repos
Il est complet en terme de pratique du football, d’une durée minimum de 3 à 4 mois.

Les autres traitements
Sans repos, point de salut. Les autres traitements dépendront des signes fonctionnels : antalgiques, décontracturants, anti-inflammatoires non stéroïdiens, kinésithérapie, mésothérapie, infiltrations, techniques de manipulation vertébrale, etc

La rééducation est effectuée en complément du repos, c’est la prise en charge indispensable. Elle doit permettre non seulement grâce à l’électrophysiothérapie une cessation des douleurs, mais également prendre en compte une reprogrammation de la paroi abdomino-pelvienne. Il s’agit essentiellement de travailler en harmonie l’ensemble de la sangle abdominale, selon le protocole :
• renforcement des obliques, transverses et abdominaux
• verrouillage lombaire actif
• travail des adducteurs et des psoas

La reprogrammation à l’effort
En complément de la rééducation qui est de deux à trois mois, le footballeur devra progressivement reprendre le sport exclusivement dans l’axe, en dehors de tout jeu avec ballon selon le schéma suivant :
• 3ème semaine : piscine, vélo, marche
• 5ème semaine : petite course en ligne sans accélération
• 8ème semaine : retour sur le stade

La reprise du football n’interviendra que si le résultat est satisfaisant avec une réadaptation progressive à l’effort et une récupération de la condition physique, et seulement par la suite le sport avec ballon, conduite de balle et véritable jeu du football.

La reprise progressive adaptée et bien conduite évitera la récidive.

Le traitement chirurgical

De nombreuses méthodes ont été proposées mais c’est le Docteur NESOVIC qui, dès les années 80, a proposé une intervention ayant comme base de rééquilibrer ou de stabiliser la symphyse pubienne. Cette prise en charge chirurgicale n’interviendra que s’il y a eu échec à un traitement médical et kinésithérapique bien conduit. [Lire aussi : Rééducation post-opératoire des Pubalgies.]

Prévention

La survenue de pubalgie est due d’une part aux gestes techniques de la pratique du football, à une charge de travail importante, s’accompagnant d’ailleurs d’une spécialisation précoce.

L’hyperlordose, la raideur rachidienne et musculaire favorise les tractions et par là même des microtraumatismes au niveau du bassin et de la symphyse pubienne.

La prévention passera sur le dépistage des facteurs de risques : mauvais geste technique, mauvaise statique rachidienne, raideur par déficit d’étirements. Par ailleurs, comme il s’agit d’une pathologie du carrefour pubien, un renforcement constant statique et dynamique des obliques et des grands droits sera conseillé.

Enfin, puisqu’un déficit de condition physique amène à une surcharge de travail, on conseillera un entraînement physique généralisé pour amener le sportif à posséder un niveau d’endurance supérieur à la moyenne.

Les conseils d’hygiène de vie, d’étirements et d’hydratation seront également abordés.

Conclusion

Véritable épidémie du footballeur en herbe des années 1980, bien heureusement les pubalgies sont devenues plus exceptionnelles grâce aux campagnes de prévention menées par les médecins du football, et aux professionnels éducateurs et entraîneurs de clubs.

Toutefois, il faut rester vigilant car le sport actuel, avec ses filières d’accès au Haut Niveau et les Centres de Formation des grands clubs « Pro » ne peut permettre à un jeune de rester éloigné du terrain pendant 3 à 6 mois, mettant fin très précocement à une future carrière de footballeur.

Le préparateur physique, le kinésithérapeute, le podologue, la diététicienne, le médecin du sport, jouent donc un grand rôle dans la prévention de l’apparition des pubalgies, qui touchent en priorité les footballeurs, mais également les escrimeurs, les handballeurs, les tennismen, et certains non-sportifs dans leur vie professionnelle.

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