Les Risques sanitaires
des sports d'eau
 
La saison estivale fait l’objet chaque année d’une préoccupation des pouvoirs publics vis-à-vis de la qualité des eaux de baignade. Les sports nautiques sont exposés à ce genre de problème, mais peu d’information circule à ce sujet, alors que les risques semblent bien présents.
 
Certaines fédérations comme le canoë kayak ont pris le problème au sérieux, donnant lieu à plusieurs publications.
Nous vous proposons une information sur les risques encourus lors de la pratique de sports ou jeux dans l’eau.

QUELS RISQUES ?
La couleur de l’eau de certains bassins extérieurs laisse parfois planer des doutes sur la propreté de l’eau même si elle n’est pas forcément un indice de qualité bactériologique. La couleur est certes un indice mais méfiez-vous également d’une eau claire et bleue.
La canicule de l’an dernier a fait ressurgir certaines maladies secondaires aux baignades, telles que les gastroentérites, la Leptospirose. (Lire notre encadré).


LA LEPTOSPIROSE…
COMMENT LA DIAGNOSTIQUER ?

a) Mode de contamination :
Le réservoir naturel de germes est représenté par les rongeurs, les animaux domestiques, qui éliminent des quantités importantes de bactéries dans leurs urines, et contaminent ainsi les bassins. Ces bactéries survivent longtemps hors des organismes animaux dans les sols, les eaux, les boues.
La contamination à l’homme se fait soit pas contact direct, soit par les urines des animaux infectés.
A partir d’une « porte d’entrée » située au niveau de la peau ou des muqueuses, par inhalation d’eau contaminée par exemple, les bactéries se disséminent dans l’organisme par voie sanguine.

 
 
  Références de l'article
  Auteur(s) : Dr P. Bacquaert
Dr Patrick Bacquaert,
Médecin du Sport, à Lille,
Médecin Chef de l'IRBMS
  Publié le : 31.07.07
  Lecture : Tout Public
  Document(s) associé(s)
 
  Bibliographie
 

* Outbreak of leptospirosis among triathlon participants
and community residents in Springfield
.
Collectif d'auteurs, Illinois, 1998.

** Approche de la pathologie rencontrée au cours du kayak. Thèse Médecine. F. Dubois, 1987, Caen.

** Leptospirose et canoë kayak.

Canoë kayak Magasine.
O. Stouvenel, 1986 - 75 - 39

  Lire aussi
  Notre dossier : La pratique
du sport l'été, en voyage,
en vacances.
 
 
 
 
  b) Signes cliniques :
On distingue plusieurs formes cliniques d’infection, en fonction du type de bactérie (plus de 130 sérotypes différents).

La forme la plus grave, et heureusement exceptionnelle, évolue vers une insuffisance rénale et hépatique, des hémorragies multiples, des troubles neurologiques. La convalescence est souvent longue, et le pronostic vital parfois mis en jeu (environ 5% des cas).

Les formes « bénignes » sont celles que l’on rencontre habituellement. L’incubation est silencieuse, pendant 1 à 2 semaines. Tout commence par une 1ére phase « d’invasion », marquée en général par une fatigue, un syndrome grippal avec fièvre et frissons, douleurs musculaires et articulaires, et … souvent rien d’autre. Bref, rien de bien caractéristique.

Ceci d’autant plus, que vu les circonstances, le sportif a toutes les raisons d’être « fatigué » à l’issue d’une compétition ou le baigneur « légèrement grippé ». Ceci l’amènera à ne pas consulter de façon systématique devant l’apparition de ces signes cliniques, attribués à une difficulté de récupération de l’effort sportif, plutôt qu’à une réelle infection.

Les symptômes disparaissent rapidement pour réapparaître après quelques jours, accompagnés de douleurs abdominales, et éventuellement de signes neurologiques, oculaires (rougeur) ou rénaux. C’est au cours de cette 2éme phase que sont fabriquées les défenses immunitaires de l’organisme (anticorps spécifiques).

La biologie permettra d’affirmer le diagnostic (sérologie et mise en culture dès le 5ème jour).
Le traitement consiste à prescrire un antibiotique, qui est d’autant plus efficace qu’il est administré précocement. Il existe un vaccin, qui reste réservé aux professionnels exposés, et qui ne protége que contre la forme la plus sévère, et n’empêche donc pas les symptômes d’une contamination bénigne.
 

LA LEPTOSPIROSE
EN FRANCE


Même si l’incidence de la Leptospirose est faible en France, elle a été en 2000 (534 cas déclarés) l’une des plus élevées d’Europe occidentale (Centre National de Référence des Leptospires).

Ces chiffres sont largement
sous-estimés
, car de nombreux cas ne sont pas déclarés (symptômes peu spécifiques, attribués à une autre maladie).

La répartition géographique est très irrégulière. Les régions les plus touchées sont l’île de France, l’aquitaine, les pays de Loire, le Nord/Pas-de-Calais, les Dom Tom.

 
 
 
 
     
 

c) Ampleur du problème ?
Une étude américaine a permis de préciser l’ampleur du problème en triathlon, sur un échantillon de 876 triathlètes (*). 12% ont déclaré avoir été malades sans que la relation de cause à effet ne soit clairement établie. Par contre, sur les 474 prélèvements sanguins réalisés, 11% sont revenus positifs à la leptospirose, apportant une preuve irréfutable d’une contamination. Ce qui démontre que 11% des triathlètes ont contracté la maladie, sans pour autant avoir eu des symptômes majeurs.
Cette étude apporte la preuve que le risque infectieux consécutif à l’épreuve natation dans des bassins extérieurs existe bien, et justifie des mesures de prévention.

CIRCONSTANCES AGGRAVANTES
Le climat chaud favorise la prolifération bactérienne, ceci d’autant plus que la sécheresse associée, accentue la concentration des bassins fermés, et empêche un renouvellement des eaux par le flux naturel.
Le risque est également accentué dans les bassins fermés (lac étang), beaucoup plus accidentel au niveau des plages.

MESURES DE PREVENTION
L’analyse bactériologique de l’eau est imposée par le cahier des charges dans le cadre de l’organisation de certaines compétitions, ainsi que pour les bassins ouverts au public. Elle est orientée vers la recherche des germes fécaux les plus fréquents, et vérifiera l’absence d’infectiosité majeure du bassin.

L’une des préventions efficaces consiste d’une part, à éviter « les portes d’entrée » des germes, à commencer par soigner et désinfecter les plaies, même bénignes qui constituent une source de contamination. Bien sûr, ceci n’empêche pas la contamination par les muqueuses lors d’une ingestion d’eau.

D’autre part, il est important de se garantir d’une bonne immunité, pour favoriser une défense immunitaire rapide et spécifique de l’organisme face aux bactéries. Un facteur essentiel est d’éviter les phases de surentraînement, de fatigue, ou d’infection bénigne passagère (rhume, angine) qui affaiblissent l’organisme et fragilisent l’immunité. Sur le plan nutritionnel, éviter une carence protéinée, et favoriser la consommation pluriquotidienne de fruits et légumes frais. Par leur apport vitaminique et minéral, ces derniers participent activement à la synthèse des défenses anti-infectieuses de l’organisme.

Enfin, certaines études (**) proposent une antibiothérapie « de principe » devant la survenue d’une fièvre d’allure grippale dans les 2 semaines qui suivent une exposition à des eaux potentiellement souillées avant même d’identifier la bactérie responsable.

CONCLUSION
Le risque infectieux existe mais reste très variable en fonction des conditions climatiques et géographiques. Etant donné l’absence de symptôme spécifique, une fièvre dans les 2 semaines consécutives à une compétition ne doit pas être prise à la légère, et doit justifier un avis médical. N’oubliez surtout pas d’informer votre médecin sur vos pratiques de sports aquatiques.

 
     
 
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