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La
Blessure : un corps
qui communique |
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Dans
les cultures sportives, le culte
de la performance s'accompagne
de coups de théâtre,
de rebondissements. Si la blessure
fait partie
de ces coups de théâtre,
elle s'inscrit également
comme un événement
incontournable dans
la vie de tout sportif. |
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En
effet, si une blessure empêche
momentanément un sujet
d'être performant, elle
témoigne néanmoins
de son investissement dans une
logique de l'extrême et
du risque. Elle révèle
également un paradoxe en
ce sens où elle symbolise
l'excellence corporelle mais aussi
la faillite de ce corps.
Comment les blessures surviennent-elles
?
Les facteurs physiques
comme le surentraînement,
la fatigue sont les causes principales
des blessures sportives.
Cependant les facteurs
psychologiques sont aussi
des éléments prépondérants
dans la survenue des blessures
mais également dans l'accélération
de la récupération
de ces facultés physiques.
• Lien
entre traits de personnalité
et blessure
Il est communément admis
que certains traits de personnalité
seraient corrélés
avec la survenue de certaines
blessures. Cependant aucune étude
n'est venue valider cette conception.
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• En
revanche, le niveau de stress a été
identifié comme un antécédent
important
des blessures sportives.
Anderson et Williams, 1988, mettent
en évidence une corrélation
étroite entre le stress
de la vie courante et les blessures
sportives. Plus précisément,
il semble qu'un athlète court
un risque accru de blessure s'il subit
des changements importants dans sa vie
sans jouir d'un soutien social adéquat
et sans avoir la capacité de
réagir efficacement au stress.
Par conséquent, les sources de
stress dans la vie de l'athlète
constituent des indicateurs et, lorsque
ceux-ci sont élevés, le
régime d'entraînement doit
être adapté et un soutien
psychologique fournit.
Deux théories expliquent
la relation entre le stress et les blessures
: la rupture de l'attention
et une tension musculaire accrue.
Concernant la rupture de l'attention,
le stress perturbe l'attention de
l'athlète en réduisant
son attention périphérique
(Williams et Anderson, 1991).
Un niveau élevé de stress
s'accompagne parfois d'une tension musculaire
considérable qui nuit à
la coordination et augmente la probabilité
des blessures (Nideffer, 1983)
D’autres
facteurs psychologiques vont
également interférés
dans la survenue
des blessures
• Les exigences et les
contraintes exigées
parfois par l'entourage du sportif renforcent
ce genre d'effort. Des injonctions comme
« soit dur et donne toujours 110%
», « « tu es un killer»
ou encore « donne tout ce que
tu as ou reste chez toi » favorisent
les comportements à risque.
• La culture du corps
sain et robuste, et l’injonction
« soit fort ».
La sacralisation du corps, l'excellence
corporelle, l'avènement d'un
corps sain et robuste, développent
une attitude de mépris vis-à-vis
de toute faille, de toute rupture de
ce corps. Il n’est pas rare que
des entraineurs encouragent les sportifs
à pratiquer en dépit de
blessure avec des injonctions comme
« il faut souffrir pour vaincre
». C’est une attitude de
déni vis-à-vis de la souffrance.
Seule la victoire est belle, peut importante
la façon.
Attitude de l’élite
? Pas seulement.
Que dire de l’éducateur
sportif qui sollicite l’enfant
blessé parce qu’il est
en manque d’effectif ou simplement
par ce que celui-ci est un élément
important de l’équipe ?
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indices
d'un ajustement
déficient face
à une blessure |
Un certain nombre de symptômes
révèle un ajustement
potentiellement problématique
aux blessures sportives.
• Un sentiment de colère
et de confusion.
• L'obsession de l'athlète
de savoir quand il pourra revenir
dans son activité sportive.
• Le refus : « cette
blessure
n'est pas grave ».
• L'excès de vantardise
à propos
de réussites passées.
• Une insistance particulière
sur des plaintes physiques
et dérisoires.
• Une culpabilité
face à l'équipe.
• Un isolement progressif
des personnes référents
• Une versatilité
de l'humeur.
• Un certain scepticisme
sur l'issue de la blessure. |
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Les
réactions psychologiques aux
blessures sportives
Fournier, D’Arripe-Longueville,
Fleurance et Soulard, 2001, ont décris
cinq stades successifs. •
Le choc, le refus et l'anxiété.
C'est pour le sportif un coup de tonnerre,
un choc. En état de choc, il
ne peut croire en sa blessure et a tendance
à réduire la gravité
de la blessure et sa signification.
C'est pour certain le moment du nomadisme
médical, la recherche de la solution
miracle, du diagnostic le plus favorable,
de la récupération la
plus rapide. Peu importe la pertinence
d'une telle démarche thérapeutique,
seul le retour à une pratique
sportive rapide et prépondérante.
• Puis survient la colère
: l'athlète culpabilise, mais
exprime également une colère
vis-à-vis des autres.
• Puis survient le temps
de la négociation :
l'athlète blessé tente
de rationaliser afin d'éviter
la réalité. « Si
je peux de nouveau m’entrainer,
je suivrai une autre hygiène
de vie ». Les exemples en ce sens
foisonnent. • La phase
de dépression
accompagne la reconnaissance de la gravité
de la blessure et de ses conséquences.
L'athlète réalise qu'il
ne pourra peut-être plus continuer
à s'investir aussi pleinement
dans son activité sportive mais
réalise aussi la précarité
de sa pratique et l’incertitude
quant à son avenir.
• Enfin, l'acceptation
et l’espoir permettent
de à l'athlète de se focaliser
sur la phase de récupération.
D'autres
auteurs comme Petitpas et Danish
en 1995 énumèrent d'autres
réactions psychologiques.
• Ils mettent particulièrement
l'accent sur la perte d'identité,
au regard d’un corps
qui échappe à la maîtrise
de son propriétaire. Le corps
est un objet de reconnaissance sociale,
d’identité sociale.
• Après une blessure,
l'athlète peut ressentir un niveau
élevé d'anxiété
en lien avec une incertitude sur son
future mais aussi en lien avec sa place
au sein du groupe, au sein de l'équipe.
• Ces auteurs relatent également
une baisse de la confiance en soi, de
l'assertivité qui peut générer
une baisse de motivation, une performance
de moindre qualité ou une autre
blessure. • Enfin, nous
observons une diminution des
performances, une baisse de
rendement en raison d'une diminution
du niveau de confiance en soi et de
la perte de temps d'entraînement.
Nombreux sont les athlètes qui
n’acceptent pas cette baisse de
performance et de rendement.
Rôle de
la psychologie sportive dans la réadaptation
De nouvelles techniques en psychologie
facilitent aussi le processus de récupération.
Au vu des données actuelles,
il semble prépondérant
d'adopter une vision holistique
du sportif, d'appréhender
le sportif dans son entité et
dans son ipséité.
Selon Duda, Smart et Tappe en 1989,
la capacité de réaction
et de récupération à
la blessure va dépendre de trois
facteurs principaux : le rendement avant
la blessure, la nature de la blessure
(localisation de la lésion, le
degré de la douleur suspension)
et l'importance de la blessure pour
le sportif.
Levleva et Orlick en 1991 révèlent
dans une étude que les athlètes
qui guérissent les plus vite
sont ceux qui font le plus appel à
la fixation d'objectifs, aux stratégies
du discours interne, et à un
degré moindre à l'imagerie.
D'autres études semblent valider
ces résultats.
Parallèlement, d'autres études
ont conclu que le refus d'assumer
la responsabilité de sa propre
réadaptation, le refus
des blessures, et le non-respect des
consignes liées à la réadaptation
sont des signes d'une réaction
inadéquate à la blessure.
Approche
du psychologue sportif
Une approche multiaxiale du
psychologue sportif semble favorable
à la récupération.
• Le psychologue sportif
doit faire preuve d'une empathie
et d'un intérêt particulier
pour le sportif blessé.
Offrir au sportif un lieu de parole,
d’écoute pour qu’il
puisse exprimer ses craintes, son désarroi,
ses peurs, ses déceptions, est
un atout indéniable dans le processus
de récupération. Cet intérêt
doit se poursuivre tout au long de la
guérison.
Ceci est d'autant plus prégnant
pour le sportif, qu'il observe fréquemment
une diminution des interactions avec
l'environnement sportif, une fois la
nouveauté de la blessure estompée.
Il est important de renseigner l'individu
sur sa blessure et son processus de
récupération, surtout
s'il s'agit d'une première blessure.
Le processus de récupération
doit être évoqué
avec une grande précision, aussi
bien sur le contenu que sur la durée
et la fréquence. •
Le discours interne positif.
L'enjeu est ici de pouvoir mettre en
exergue les aspects positifs de la situation.
C'est un moment de prise de distance
avec l’environnement sportif mais
aussi de remise en cause, d'une prise
de conscience de la signification psychologique
et sociale du sport dans sa vie (Eldrige,
1983).
C'est à ce moment que l'individu
se sent prêt à s'investir
de nouveau dans un réseau social
élargi. Il s'investit également
fortement dans ses différents
centres d'intérêt.
• La visualisation est un
outil pertinent et efficace en réadaptation.
Elle permet pour le sportif de rester
dans l'environnement sportif, de mémoriser
les séquences techniques et tactiques
développées lors de l'entraînement
mais aussi de favoriser l'apprentissage
de gestes techniques. Visualiser
la guérison permet à
l'athlète de s'inscrire dans
un processus de retour à l'activité
et de se remémorer les sensations
vécues dans son sport. L'athlète
peut ainsi visualiser sans douleur ni
difficulté des mouvements spécifiques
au sport, imaginer les habiletés
individuelles requises pour une meilleure
performance, revivre les sentiments
et les émotions qui caractérisent
ses meilleures performances, se visualiser
revenant à la compétition
au mieux de ses capacités, visualiser
le processus de guérison à
l'intérieur de la partie blessée.
• L'entraînement à
la relaxation est parfois
utile pour soulager la douleur et le
stress qui accompagne habituellement
les blessures graves et la récupération.
• Lui faire part des déconvenues
inhérentes à
toute guérison. Chaque sportif
récupère à son
rythme, avec de possible régression,
de possibles douleurs. •
Enfin, le soutien social
est prépondérant tout
au long de son parcours de guérison.
Il agit comme une ressource psychologique
dont les vertus sont notamment explorées
dans des maladies comme le cancer. Des
recherches ont montrées une corrélation
élevée entre le soutien
social et le taux de morbidité
: plus la personne atteinte d’un
cancer dispose d’un soutien social
important, plus son espoir de guérison
est élevé.
Les significations d’une blessure
ne sont pas à appréhender
comme un simple processus psychopathologique
qui stigmatise le sportif,
mais plutôt comme un processus
dynamique où la blessure, loin
d'être une catastrophe, peut aussi
être une chance pour un individu
d'exprimer ses projets de vie. La blessure
est une expression du corps, un message
qu’il convient d’écouter
et de comprendre. |
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