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| Témoignage |
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| Kafétien
GOMIS, |
| Saut
en longueur. |
Quelques jours avant les Championnats
de France d'Athlétisme
en Salle de Lievin (62), Kafétien
Gomis, champion de France en titre
des éditions 2007 et 2008
en saut en longueur, avait bien
voulu répondre à
nos questions. |
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"
Le physique joue beaucoup
mais le mental c’est ce
qui
permet de nous dépasser.
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| Propos
recueillis en février 2009,
par le Nathalie
Crépin. |
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Vous
allez dans quelques jours aborder
les championnats de France qui
se déroulent cette année
à Liévin. Quels
sont vos objectifs pour ce championnat
?
Mes objectifs pour ce championnat
de France, c’est déjà
de conserver mon titre et puis
aussi d’améliorer
mes performances, surtout que
toute ma famille sera là.
Par rapport
à des compétions
comme les championnats de France,
comment vous préparez-vous,
notamment sur l’aspect mental
?
C’est sûr que ce n’est
pas la même préparation
que des compétitions régionales.
J’essaye de rester détaché
de l’évènement,
de continuer mes entrainements
normalement, ne pas en faire plus
ou moins. On a parfois trop tendance
à être à l’écoute
de son corps à l’approche
de ces compétitions et
de moins s’entraîner
quand on ressent certaines douleurs.
Rester dans la continuité
de ce qu’on a fait toute
l’année et rester
dans ma bulle.
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Vous
évoquez la nécessité
de rester dans votre bulle. Vous pourriez
nous expliquer comment vous faites pour
préserver votre bulle ?
Moi, c’est la musique. Rester
tranquillement à la maison, sans
trop de folie.
Vous pourriez nous expliquer comment
vous vous préparez mentalement,
quelques heures avant le début
de la compétition ?
Quelques heures avant, ça monte
un peu au niveau de la pression. Souvent
dans des compétitions comme ça,
on est en équipe, et souvent
je suis très remuant.
C’est-à-dire?
J’aime bien rire, faire des blagues.
J’essaye de ne pas penser à
la compétition, et comme le dit
souvent notre entraîneur c’est
de ne pas faire la compétition
avant, surtout ne pas faire la compétition
avant dans notre tête. Je discute
beaucoup et la musique ça aide
aussi à ne pas penser. Sinon,
je bouge beaucoup.
Comment vous
voyez, vous appréhendez vos adversaires
?
Comment je vois mes adversaires ? Comme
l’homme à abattre, parce
que je suis à la maison et je
suis champion de France en titre donc
c’est pas une situation habituelle.
Je suis la cible.
Donc il va y
avoir une pression particulière
pour vous ?
Oui, j’espère que je vais
réussir à l’évacuer
comme d’habitude.
Par rapport
à votre adversaire direct, il
y a des antécédents et
une concurrence rude. Est-ce que cela
modifie quelque chose dans votre approche
de ces championnats ?
Dire que je ne me focalise pas dessus
serait mentir. Je sais que cela peut
me jouer des tours en me focalisant
dessus et pas sur les autres adversaires.
Mais je sais aujourd’hui que s’il
n’est pas champion de France je
serai champion de France et inversement.
Il y a un sentiment
de revanche, et notamment par rapport
aux jeux olympiques ?
Pas par rapport aux qualifications pour
les jeux mais par rapport à la
carrière sportive. Entre lui
et moi, il y a sept centimètres
d’écart, et quand on écoute
les médias on a l’impression
qu’il y a un mètre. En
France, quand on parle de Salim [Sdiri],
on a l’impression qu’il
y a Salim, et y a les autres. Je l’ai
déjà battu, il m’a
déjà battu. On est vraiment
deux et j’estime qu’il n’est
pas vraiment au dessus du lot.
Cette concurrence entre vous deux, vous
la percevez comme une pression supplémentaire
ou comme un challenge qui vous permet
de vous dépasser ?
C’est quelque chose de vraiment
positif pour moi. Bizarrement, l’année
où Salim se prend le javelot
[Salim Sdiri est blessé par
un javelot à la Golden League
en juillet 2007], c’est l’année
où je suis malade, et c’est
ma moins bonne saison. Et il n’y
avait pas de saveur particulière.
C’était une petite performance.
Le jour où il est revenu, j’ai
refait 8 mètres.
Votre point
fort mentalement, c’est quoi ?
Ma décontraction.
Et votre point
faible ?
Ma décontraction aussi…Je
ne vais pas dire que je ne stresse pas
mais j’arrive à me détendre
assez pour être performant mais
quand je me détends trop
je ne suis pas non plus performant.
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Profil
sportif |
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Kafétien
Gomis
Né le 23 mars
1980
Taille : 1m85
Poids : 70kg
Spécialité
:
Saut en longueur
Son club :
ASPTT
Lille-Métropole
Palmarès :
> 14ème aux jeux olympiques
à Athènes en 2004.
> 5ème au championnat
d’Europe
à Göteborg en 2006.
> 4ème au championnat
d’Europe
en salle en 2007
> Champion de France en salle
en 2007 et 2008.
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" Quand je me suis lancé
pour mon cinquième essai,
je suis parti et mes jambes
tournaient toutes seules. Quand
je revois la vidéo et
même au dire de mon entraîneur,
je fais des fautes qui normalement
auraient dû être
fatales, mais je continue à
courir et je fais 8m21 et je
suis sur le podium."
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Kafétien
Gomis |
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vous situeriez la place du mental dans
la performance ?
C’est le plus important. Je ne
peux pas vous donner de pourcentage
mais c’est très important.
Parce que le physique joue beaucoup
mais le mental c’est ce qui permet
de nous dépasser. Sur
un laps de temps court c’est le
mental qui prend le pas sur le physique.
C’est ce qui permet parfois de
faire des choses qu’on ne se souvient
parfois même plus après.
Justement, dans
le domaine de la préparation
mentale, on parle de l’état
idéal de performance, cet état
particulier qui nous permet de se dépasser,
l’impression de facilité
mais aussi d’être «
sur un nuage », où rien
ne peut nous arriver sauf l’exploit.
Est-ce que vous avez déjà
rencontré cet état idéal
de performance ?
Oui justement en 2004 aux championnats
de France. C’était une
compétition où l’on
pouvait se qualifier pour les jeux olympiques.
La situation était un peu particulière.
J’avais pour objectif avant cette
compétition de faire un premier
podium chez les séniors mais
aussi de se qualifier pour les jeux.
Au troisième essai l’objectif
d’être sur le podium était
atteint puisque je me retrouve troisième.
Et là, je ressens de la satisfaction,
parce que mon objectif est atteint.
Et au cinquième essai je me retrouve
5ème. Et là, dans ma tête
je me dis que ce n’est pas possible.
C’est la première fois
que je saute plus de 8 mètre
et je ne suis même pas sur le
podium. Bon voilà, là
on va y aller ! Quand je me
suis lancé pour mon cinquième
essai, je suis parti et mes jambes tournaient
toutes seules. Quand je revois la vidéo
et même au dire de mon entraîneur,
je fais des fautes qui normalement auraient
dû être fatales, mais je
continue à courir et je fais
8m21 et je suis sur le podium. Sur
la course je n’ai pas forcé,
c’était facile. Mais je
ne me souviens pas du moment. Et après
j’ai fait quelque chose que je
ne fais jamais en compétition,
j’ai pleuré. C’était
incontrôlable. Comme une libération.
Cela ne m’était jamais
arrivé. Surtout que le concours
n’était pas fini puisque
mes concurrents avaient encore un saut.
Bizarrement quand mes concurrents sont
passés et que j’étais
sûr d’être sur le
podium et d’être qualifié
pour les jeux, à mon sixième
essai, ça s’est arrêté
comme si on fermait un robinet, et plus
rien ne s’est passé de
cet état. C’est
peut-être ça qui a été
le plus bizarre. Avant c’était
instinctif, automatique. Et pas du tout
sur celui là. C’est
peut-être des termes techniques,
mais à l’époque
je faisais un ciseau simple, je n’arrivais
pas à faire un double ciseau.
Toute la saison j’ai essayé
de le faire et je n’arrivais pas.
Là, au championnat de France
sur tous mes sauts j’ai fais le
double ciseau. Peut-être parce
que tout le travail a été
fait en amont, et que mon entraîneur
m’a dit simplement de faire ce
que je savais faire.
Qu’est-ce
qui a été différent
sur ce cinquième saut, pour pouvoir
faire cet exploit, vous qui pour la
première fois avez franchi les
8 m, mais qui devez encore faire mieux
pour atteindre vos objectifs ?
Fallait que je saute loin. Avant je
sautais pour faire un podium, là
j’ai sauté pour aller loin,
très loin. Le troisième
a sauté 8m09, le deuxième
8m12, et moi pour le battre sur ce cinquième
essai, il fallait que j’aille
très loin. Je mets quasiment
40 cm sur mon record estival. C’était
énorme !
Quels sont vos
objectifs pour cette saison ?
Sautez encore plus loin ! Ca fait 4
ans que je n’ai pas battu mon
record. J’avais l’habitude
de battre mon record chaque saison.
Là je vois que je progresse en
technique, mais pas en résultat.
J’aimerai une grosse compétition
pour battre mon record.
On va vous souhaiter
bonne chance pour cet objectif et bonne
chance
pour Liévin. |
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