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Ce fait n'est pas un acte isolé. Le hooliganisme se
caractérise par un profond
enracinement historique dans la mesure
où, depuis que le football
est mis en spectacle, c'est-à-dire
la fin du siècle dernier, on
recense des incidents impliquant les
spectateur quel que soit le niveau
de compétition (invasion du
terrain avec attaque des joueurs ou
de l'arbitre, bagarres entre supporters,
destructions matérielles autour
de l'aire de jeux). La tragédie
du Heysel est encore dans tous les
esprits.
Nous sommes confrontés à
une problématique complexe
qui trouve sa source dans des causalités
individuelles, groupales et sociétales
interagissant avec des phénomènes
de foule, qui se sont greffées
sur le substrat privilégié
de la compétition footballistique.
RAPPEL HISTORIQUE
Le football représente le sport
le plus populaire et le plus médiatisé
de l'ère contemporaine. Nous
retrouvons sa trace dès le
Moyen Âge avec le jeu de la
soule, mélange du football
et du rugby. Pour décrire cette
pratique, reprenons le témoignage
de l’Abbé Jamet,
en 1844 :
« Lorsque j'arrivais à
Saint-Hilaire, il y avait, dans cette
paroisse, une coutume qui tenait en
quelque sorte de la barbarie. Quand
une jeune fille de quitter le pays
par suite de son mariage, le dimanche
qui suivait ses noces, elle devait
revenir dans sa paroisse à
la grand-messe, apportant avec elle
une « soule », c'est-à-dire
une boule en cuir, remplit intérieurement
de diverses choses, et même
de quelques pièces de monnaie
ou d'argent. Après la laisse,
le mari sortait avec sa jeune femme.
Pour les jeunes gens de la paroisse
divisée en deux camps les entouraient
aussitôt. La femme alors remettait
la « soule » à
son mari qui, d'un bras vigoureux,
la lancée par dessus le faîte
de l'église.
Tous à l'instant de se précipiter
sur la soule, ce culbutant, se frappant
même, pour l'arracher des mains
de ce qu'il avait saisi les premiers.
C'était à qui triomphe
aurait, et ferait triompher son parti.
Rien ne les arrêter ! Ils renversaient
les croix dans le cimetière,
démoli si les barrières
qui rencontraient, détruisez
tous dans les jardins, dans les champs,
et se précipiter même,
au besoin, dans la rivière.
Et ce combat ne finissait que lorsque
le plus fort et le plus là
Gilles avait pu pénétrer,
avec la sou le, sur un terrain hors
de la commune. Alors la partie était
gagnée et il y avait un banquet
auquel tous les joueurs étaient
invités ; mais, hélas,
plusieurs ne pouvait y prendre part
à cause de leurs blessures.
Un jour même, un jeune homme
fut écrasé, dans la
mêlée, sous les pieds
de ses camarades, et mourut peu de
temps après. »
De la soule au Heysel, un constat
historique atteste que l'évolution
du sport est parsemée d'incidents
et de drames. Cette violence sous
la forme du hooliganisme existe depuis
le début du siècle.
Elle est liée à la mise
en spectacle du football et s'avère
universelle. Elle a évolué
vers une violence préméditée,
et relativement organisée,
avec l'apparition des noyaux durs
de supporter aux environs des années
60 en Grande-Bretagne. Elle fut importée
sur le continent, par l'intermédiaire
des compétitions européennes
et de la médiatisation croissante
du phénomène dans les
années 70.
ETUDES ET
TRAVAUX
Les travaux des psychologues sociaux
comme LEYENS et DUNAND
en 1988, nous montrent que la vision
de spectacles violents entraîne
un effet instigateur de comportements
violents chez les spectateurs. Le
spectacle de la violence
n'a aucune conséquence libératoire
sur l'agressivité. Cette théorie
va à l'encontre d’une
idée très répandue
d’un sport catharsique de comportements
violents. Selon ce modèle,
nous aurions un réservoir d’agressivité
qu'il convient d'évacuer. La
vision de comportements agressifs,
de spectacles agressifs permet la
libération de ce réservoir
d'agressivité. Par exemple
regarder un match de boxe permet à
notre réservoir d’agressivité,
par ce phénomène de
catharsis, de se vider et de se libérer
de toutes les tensions, de toute cette
agressivité qui est présent
dans chaque être humain.
Pour Leyens, au contraire, le spectacle
de la violence a pour conséquence
d'augmenter la violence du spectateur
: il l’éveille, la suscite
et la renforce. Conjointement, il
apparaît que les effets d'un
spectacle violent commence à
s'installer chez l'individu avant
qu'il n'y assiste. Ici interviennent
les anticipations cognitives du spectateur.
Le fait d'anticiper la vision d'un
spectacle violent peut donc suffire
à l'émergence de comportements
violents.
Les recherches de GOLDSTEIN
en 1971 montrent qu'il n'y a aucune
augmentation d'hostilité chez
les spectateurs après une compétition
de gymnastique, alors qu'il n'y en
a par contre chez ceux qui ont assisté
à match de football américain.
L'étude de SMITH
a montré que 74 % des violences
des spectateurs survenus dans les
stades de football avaient été
précédés d'agressions
sur le terrain entre les joueurs.
Le football est émaillé
d'incidents de jeux qui produisent
des stimulations de deux ordres :
les stimulations neutres (le but de
l'équipe favorite, phase de
jeux présente, victoire finale...)
et des stimulations critiques comme
les erreurs d'arbitrage, les buts
de l'équipe adverse, la violence
des joueurs...
Ces deux types de stimulation entraînent
une augmentation du niveau d'excitation
du spectateur. Les premières
déclenchent des réactions
plaisantent et euphorique chez le
spectateur tandis que la seconde,
par la frustration qu'elles induisent,
tendent à provoquer des comportements
agressifs.
Certains chercheurs comme MARSH
considère que ces bagarres
de supporter sont assimilées
à des formes d'agressions ritualisées
et ne sont que très rarement
dangereuses et violentes. Il distingue
deux types de comportements. D'abord
la violence réelle, au sens
propre du terme, qui est une violence
physique dirigée dans un but
agressif envers autrui. Ensuite, «
l'aggro » qui consiste en un
rituel d'actions agressives de type
symbolique, qui comprend le déploiement
d'armes, mais non leurs utilisations,
d’actes d'intimidations.
L'objectif de ces rituels est d’intimider
l'adversaire, de les humilier pour
effacer la frustration occasionnée
lors du match de football. Selon cet
auteur, les blessures graves proviennent
d'une distorsion du déroulement
normal de l'aggro, résultant
d'interventions extérieures,
par exemple de la police, en raison
du fait que ce type d'intervention
brise le délicat consensus
dont dépend le caractère
rituel de l'aggro.
Cette théorie, si elle permet
d'expliquer certains faits d’hooliganisme,
ne peut être généralisé
car certains actes échappent
au contrôle de ces groupes.
VIRAGE HISTORIQUE
Il semble que le tournant vers une
violence de groupe préméditée
est associé à l'apparition
des skinheads dans
les gradins, jeune violent au crâne
rasé, issu d'un mouvement musical
opposé au mouvement hippie.
Selon Taylor, l'apparition
des skinheads des années 70
a permis l'émergence du hooliganisme
dans sa forme contemporaine. Il semble
que certains des supporters incriminaient
lors du drame d’après
match opposant le PSG au Tel-Aviv
soient issus de ce mouvement skinheads.
Ces jeunes issus du mouvement skinheads
vont introduire la violence de la
rue dans la compétition de
football. Parallèlement la
compétition footballistiques,
se déroule une véritable
compétition qui implique les
supporters des noyaux durs dans une
forme de guerre des gangs ou la violence
est relativement organisée
et planifier (avec l'apparition de
l'usage d'armes). Le noyau dur développe
un système particulier de normes
et de valeur de référence.
Les membres tendent à s'aligner
sur celui-ci. Les valeurs préconisées
concernent la virilité, l'appui
inconditionnel au club et au «
KOP », ainsi
que la déviance. Les très
médiatiques rencontres PSG-OM
sont au coeur de cette problématique,
avec des systèmes de sécurité
renforcés pour éviter
les émeutes et les violences
qui sont inhérentes à
ces rencontres sous hautes insécurités.
Ces matchs sont autant d'exutoires
pour les ultras de ces deux clubs
et les incidents y sont constants
permettant ainsi de revendiquer une
identité forte entre ces deux
villes, entre ces deux cultures, entre
ces deux clubs,....
Dans les années 1990 se développe
une théorie de la vulnérabilité
sociétale. Selon cette théorie
l'accumulation sociale et psychologique
d'expériences négatives
lors des relations avec les institutions
sociales engendre une délinquance
juvénile persistante. Ces jeunes
se considèrent comme des perdants
sociaux. Ils compensent leurs pauvres
perspectives sociales par l'excitation
et l'identification. Psychologiquement,
ils investissent tous dans leur équipe
et dans leur groupe de supporter.
Ils gagnent en prestige en s'identifiant
à un club qui gagne mais également
à un groupe de supporter qui
impressionne, suscite l'intérêt
des médias, mobilise
forces de l'ordre, est craint par
les autres supporters.
Ils mettent ainsi en place une stratégie
de paraître qui vise à
briser l'anonymat et qui s'appuie
sur des comportements déviants.
Ils symptomatisent cette volonté
d'avoir une identité forte
et ceci d'autant plus que leur équipe
possède une image médiatique
forte. En quelque sorte, plutôt
que de n'avoir aucune identité
sociale, ils revendiquent une identité
négative et provocatrice en
s'identifiant à un club qui
signifie tous pour eux.
Cette théorie complète
la théorie élaborée
par DOLLARD pour
expliquer des phénomènes
d’agressions et de discriminations
(la théorie de la frustration-agression).
Cette quête identitaire
n'a pas échappé aux
activités des organisations
racistes et d'extrême droite
qui ont progressivement infiltré
ces groupes. Le problème des
agissements de l'extrême droite
dans les stades de football est à
prendre très au sérieux.
En Espagne, les Ultra-Sur du Réal
Madrid se disent fascistes nostalgiques
du franquisme, les ultra rivaux de
l’Atletico Madrid se réclament
d’extrême gauche ; ce
phénomène est identique
dans les différents pays européens.
D'après certaines recherches,
les activités des organisations
racistes d'extrême droite sont
devenues routinières dans le
football et leur influence sur l'idéologie
des groupes d’hooligans les
mieux structurès et les plus
violents apparaît évidente.
La violence dans les stades
et autour des stades semble
donc résulter d'une pluricausalité,
d'une réalité complexe
et multiple, universelle et historiquement
ancrée dans la pratique du
football. La médiatisation,
le football spectacle
et le football business
n’ont fait qu’accroître
et amplifier ce phénomène.
Il semble qu’il n’est
pas prêt d’être
éradiqué.
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