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Glucocorticoïdes – Classe « S9 »

Glucocorticoïdes - Dopage et sport

Produit de la liste de la Classe S9 interdiction en compétition. Toutes les substances interdites de cette Classe sont des substances spécifiées.

Tous les glucocorticoïdes sont interdits lorsqu’ils sont administrés par toute voie injectable, orale [incluant oromuqueuse (par ex. buccale, gingivale, sublinguale)], ou rectale.

INCLUANT SANS S’Y LIMITER les molécules suivante : Béclométasone, bétaméthasone, budésonide, ciclésonide, cortisone, deflazacort, dexaméthasone, flucortolone, flunisolide, fluticasone, hydrocortisone, méthylprednisolone, mométasone, prednisolone, prednisone, triamcinolone acétonide.

A noter : d’autres voies d’administration (y compris l’administration par inhalation, et topique : cutanée, dentaire-intracanale, intranasale, ophtalmologique, otique et périanale) ne sont pas interdites lorsqu’elles sont utilisées aux doses et pour les indications thérapeutiques enregistrées par le fabricant (pour en savoir plus lire plus bas notre focus).

Tableau simplifié de l’AFLD sur l’utilisation des glucocorticoides (AMA).

Document établi par l’AMA sur l’usage des glucocorticoïdes (GC) chez les sportifs et sur les exigences générales d’une autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT), à la lumière des modifications apportées dans la section S9 de la Liste des substances et méthodes interdites en 2022.

FOCUS 2022

A partir du 1er janvier 2022, les glucocorticoïdes administrés par tout type d’injection seront interdits pendant la période en compétition uniquement.

S9. Glucocorticoïdes

Le projet de liste 2021 qui a été examiné par le Comité exécutif de l’AMA lors de sa réunion de septembre 2020 proposait d’interdire toutes les voies d’administration des glucocorticoïdes par injection en compétition. Le Comité exécutif a approuvé cette modification, mais a demandé à la direction de l’AMA de fixer l’entrée en vigueur de l’interdiction au 1er janvier 2022 seulement, afin de laisser suffisamment de temps aux parties prenantes pour prendre connaissance de ce changement et s’y adapter.

Par conséquent, toutes les voies d’administration de glucocorticoïdes par injection seront maintenant interdites en compétition. Les voies d’administration par injection comprennent les voies intraveineuse, intramusculaire, périarticulaire, intra-articulaire, péritendineuse, intratendineuse, épidurale, intrathécale, intrabursale, intralésionnelle (par exemple, intrachéloïde), intradermique et sous-cutanée.

Il est important de préciser que l’administration orale de glucocorticoïdes, qui reste interdite en compétition, comprend en particulier les voies oromucosale, buccale, gingivale et sublinguale.

Les autres voies d’administration (y compris par inhalation ou par voies topiques : dentaire-intracanalaire, cutanée, intranasale, ophtalmologique et périanale) ne sont pas interdites lorsqu’elles sont conformes aux doses maximales et aux indications thérapeutiques autorisées par le fabricant.

Il est fortement recommandé aux sportifs de se conformer aux périodes d’élimination minimales, déterminées à partir du moment de l’administration jusqu’au début de la période de compétition. Ces périodes d’élimination, qui ont été légèrement modifiées depuis la publication des documents de la liste 2022 le 30 septembre afin d’y intégrer les plus récentes informations scientifiques, sont détaillées dans la version révisée du Résumé des principales modifications et notes explicatives 2022 et sont basées sur l’utilisation de ces médicaments selon les doses maximales autorisées par le fabricant.

Si un problème de santé légitime justifie le recours à un glucocorticoïde, le sportif peut demander une autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT). Dans le cas d’un résultat d’analyse anormal en compétition, le sportif peut demander une AUT rétroactive comme le prévoient les règles applicables.

Pour plus d’informations sur l’approche de l’AMA en matière de voies d’administration et de périodes d’élimination des glucocorticoïdes, veuillez vous reporter au Résumé des principales modifications et notes explicatives 2022.

Historique de l’utilisation de la cortisone en médecine

Si l’université de Harvard est plus célèbre dans le monde de la finance, c’est néanmoins un chimiste américain, Monsieur Robert Woodward, qui fut le premier à synthétiser la cortisone dans cette université en 1951.

Les sportifs ont vite découvert les vertus de cette substance, et on retrouve depuis les années 60 de nombreux cas de dopage à l’utilisation de glucocorticoïdes (cortisone).

Les glandes surrénales sécrètent une hormone appelée cortisone. Celle-ci est indispensable à la vie, cela a été prouvé par un physiologiste français, M. Édouard Brown-Sequard. La cortisone est utilisée en médecine de façon polyvalente, possédant de nombreuses propriétés et indications thérapeutiques.

La cortisone et ses dérivés naturels furent très vite synthétisés et prirent une place importante dans l’arsenal thérapeutique médical. Il est difficile de connaître quel est le premier cas de dopage avec l’utilisation de cortisone en milieu sportif, car le dépistage de celle-ci dans les contrôles remonte réellement aux années 2000. Cette faille ou cette carence a donc permis l’utilisation de la cortisone avec un milieu particulièrement friand qui était le cyclisme.

Indications médicales de la corticothérapie

Cette drogue pluridisciplinaire a de nombreuses indications. Il s’agit : état inflammatoire aigu, maladies allergiques, maladies rhumatismales, asthme, leucémie, traitement cutané de l’eczéma, psoriasis, traitements loco-régionaux : infiltrations, etc.

Les résultats de l’efficacité de la cortisone sont au centre de beaucoup de programmes de recherche, afin de développer des médicaments dont les noms les plus connus sont : Célesténe, Cortancyl, Solupred, Kenacort, Diprostene, Altim, etc.

Effets secondaires de l’utilisation de cortisone

Si les médecins connaissent tous l’intérêt de la corticothérapie dans l’arsenal thérapeutique, tout le monde est d’accord pour mettre en garde contre leurs effets secondaires, qui sont :

– ulcère gastro-duodénal – infections – prise de poids – diabète – rétention d’eau et de sodium, risque d’oedème – décalcification osseuse et ostéoporose – troubles neuropsychiques – accidents tendino-musculaires – hypertension artérielle – insuffisance rénale aiguë et mortelle – excitation, insomnie – sevrage aux corticoïdes – insuffisance et épuisement des cortico-surrénales (anorexie, asthénie, dépression, amaigrissement)

L’utilisation de la corticothérapie peut donc provoquer des maladies irréversibles avec une utilisation au long cours mal contrôlée.

Par ailleurs, paradoxalement, si la corticothérapie reste indiquée pour le traitement de certaines maladies, son abus peut au contraire aggraver ces mêmes maladies.

Les principaux risques

Utilisation de la cortisone chez le sportif

La cortisone est utilisée essentiellement pour augmenter artificiellement les performances en retardant l’apparition de fatigue et en améliorant l’état physique ou psychique du sportif. Par ailleurs, la cortisone peut être utilisée pour augmenter la volonté de gagner et retarder l’apparition du stress.

Le sportif n’est en aucun cas à l’abri des effets secondaires de l’utilisation de la cortisone et risque l’ensemble des effets secondaires. De plus, les effets de la cortisone sur les vaisseaux peuvent induire chez le sportif un risque d’embolie et de mort subite. Les sportifs utilisant la cortisone sont très souvent victimes de tendinites et d’accidents musculaires.

Attention : très peu d’études ont prouvé l’effet de la prise de corticoïdes sur la performance.

Le dopage à la cortisone

La plupart des affaires de dopage à la cortisone se retrouvent dans les milieux cyclistes. En effet, ceux-ci veulent trouver un produit pour retarder l’impression de fatigue, se sentir plus fort, en tirant le plus gros braquet possible.

L’un des premiers médecins du Tour de France, le Docteur Lucien Maigre, révèle déjà en 1969 que de nombreux coureurs utilisent dans le cadre de leur préparation les corticoïdes. Le cycliste Bernard Thevenet, Consultant du Tour de France, affirme avoir utilisé la cortisone pour conduire sa carrière et gagner en grand champion deux fois le Tour de France. Les champions aussi prestigieux que Jacques Anquetil, Luis Ocaña, Freddy Maertens ont avoué avoir utilisé les corticoïdes dans leur préparation.

Par ailleurs, en 1999, Lance Armstrong, est contrôlé positif aux corticoïdes de synthèse, mais un médecin de l’US Postal lui a réalisé une justification thérapeutique (actuellement A.U.T.), permettant ainsi aux coureurs d’utiliser ce produit.

Nous signalerons également dans le cadre du peloton de véritables épidémies de tendinites qui ont pesé lourd dans la carrière de certains sportifs, sans qu’on puisse toutefois affirmer aujourd’hui que cela était dû à la prise de corticoïdes.

Leur utilisation est interdite en compétition.

Règles de prescription d’un corticoïde

chez le sportif CORTICOÏDE PAR VOIE LOCALE : pommade, gel cutané ou ophtalmique, goutte oculaire et auriculaire, spray nasal… Aucune démarche administrative n’est nécessaire. Ces traitements répondent à une indication médicale bien précise et peuvent être pris librement chez le sportif. Il est fort probable que l’administration locale d’un corticoïde s’accompagne d’un très faible passage systémique dans la circulation générale (sang), et donc dans les urines. En cas de contrôle anti-dopage, le corticoïde risque donc d’être retrouvé, mais à des taux très faibles, compatibles avec un traitement local.

CORTICOÏDE PAR VOIE LOCO-RÉGIONALE :

Inhalation, injection intra articulaire ou péri articulaire, péri tendineuse, péridurale. Une demande d’A.U.T. n’est pas nécessaire, mais une déclaration d’usage sera demandée au sportif après un éventuel contrôle anti-dopage. Ce contrôle anti-dopage retrouvera la présence de la substance interdite et sera déclaré comme « contrôle anormal ».

Le sportif aura la responsabilité de prouver sa bonne foi, et devra démontrer à posteriori du contrôle, que le traitement s’impose pour raison de santé, et que les alternatives thérapeutiques n’existent pas ou ont été essayées sans succès. Cette justification à posteriori d’un éventuel contrôle impose au sportif d’être vigilent, dès l’instant où le médecin prescrit le traitement par corticoïde de ce type.

Le sportif doit s’entourer des certificats médicaux dès que la prescription médicale est engagée, et des examens complémentaires si nécessaire. Dans le cas d’un traitement par corticoïde inhalé, il est fortement recommandé de documenter le dossier de justification par des épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR) réalisées chez un pneumologue. Dans le cas d’infiltration articulaire d’un corticoïde, celle-ci justifie toujours un arrêt sportif de rigueur pour mettre au repos l’articulation concernée, ce qui compromet la participation à une compétition.

CORTICOÏDE PAR VOIE GÉNÉRALE :

Injection intramusculaire ou intraveineuse, voie orale (comprimés…), voie rectale. Tous les corticoïdes administrés par voie générale sont interdits en compétition. Leur utilisation justifie une A.U.T. appuyée par un dossier médical précisant la nécessité absolue du traitement, et l’échec des alternatives thérapeutiques. Respectez les règles de rédaction de cette demande d’A.U.T. ! Précisons que ces traitements s’adressent toujours à des pathologies présentant un caractère de gravité, et qu’un arrêt sportif est de ce fait, médicalement justifié. Il ne peut donc y avoir dans ce cas de participation à une compétition. Le sportif ne peut être que forfait médicalement.

Législation

L’utilisation des glucocorticoïdes, classe « S9 », représente des substances interdites en compétition. Toutefois, seule l’administration par voie orale, rectale, intraveineuse ou intramusculaire est interdite. L’utilisation de préparation cutanée reste autorisée. Par ailleurs, il faut signaler une évolution possible de la législation qui prendra en compte l’utilisation fréquente chez le sportif de gestes infiltratifs. Il est probable que cette technique sera autorisée, avec justification adaptée.

Conclusion

L’utilisation des corticoïdes sous toutes ses formes reste dangereuse pour la santé, même si elle est quelquefois nécessaire pour raisons médicales. Dans ce cas, la plus faible dose pour la plus courte période doit être choisie. En dehors des conséquences immédiates pouvant provoquer des lésions tendino-musculaires, les véritables enjeux sont beaucoup plus lointains, avec un épuisement des corticosurrénales et l’apparition d’une ostéoporose sévère.