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Rôle et implication du microbiote intestinal chez le sportif

Prébiotiques, Probiotiques et Transplantation de Matières Fécales

Résumé de la conférence du docteur Claerbout, donnée le 30 novembre 2019, à Lille, lors du 24ème Congrès MédicoSport organisé par l’IRBMS.

Qu’est-ce que le microbiote intestinal ?

Le microbiote intestinal est formé d’une grande quantité de micro-organismes : bactéries, virus, champignons, levures, tolérés par le système immunitaire intestinal et qui vivent en synergie avec leur hôte. Il a un rôle clé dans le développement du système immunitaire, sa présence conditionne la digestion.

C’est un véritable organe pesant 2 kilogrammes, constitué de 100 000 milliards de bactéries (100 fois le nombre de cellules humaines) et de 3,2 millions de gênes bactériens (100 fois le génome humain).

Il intervient dans la genèse des pathologies intestinales inflammatoires, infectieuses et tumorales mais également dans des maladies métaboliques comme l’obésité ou le diabète de type II, et son rôle dans certaines maladies allergiques et neuro-psychiatriques est à l’étude.

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Le saviez-vous ?

L’activité physique modifie le microbiote intestinal.

Depuis 2008, de nombreuses publications témoignent d’une modification de la diversité microbienne en cas d’activité physique, réversible après l’effort, impactant certainement la performance sportive et l’endurance. On constate en cas d’activité sportive une dérégulation entre cytokines pro- et anti-inflammatoires amenant à une augmentation de la perméabilité intestinale. Ceci permet le passage de bactéries pathogènes dans la circulation sanguine, expliquant en partie les ennuis digestifs graves (diarrhée, hémorragie) que l’on observe chez les marathoniens et les triathlètes. Ce mécanisme bactérien vient compléter l’hypothèse vasculaire de ces troubles qui prévalait jusqu’ici.

Consultez notre focus : Comment le sport ou l’activité physique peut modifier le microbiote ?

Peut-on intervenir sur les performances d’un sportif par l’intermédiaire du microbiote ?

Le microbiote peut être modifié par les Prébiotiques, les Probiotiques et la Transplantation de Matières Fécales.

Les Prébiotiques

Les Prébiotiques sont des fibres végétales alimentaires glucidiques rencontrées dans les légumes, fruits et céréales. Ils stimulent la croissance ou l’activité des bactéries intestinales.

Ils sont utiles à la diététique du sportif et améliorent notamment le transit intestinal mais sont susceptibles de provoquer des effets indésirables tels qu’une fermentation intestinale.

Ceci amène certains à les réduire en suivant un régime qu’ils appellent « sans gluten » alors que ce sont les Fodmaps, composés glucidiques et non protéiques comme le gluten, qui interviennent dans cette fermentation. Le risque d’un tel régime strict, et non approprié en dehors de la Maladie Coeliaque, est de voir survenir des carences alimentaires et vitaminiques.

Les Probiotiques

Les Probiotiques sont, selon la définition de l’OMS (2001) des « micro-organismes vivants, qui lorsqu’ils sont consommés en quantités suffisantes, améliorent la santé de l’hôte en ayant une action équilibrante sur la flore intestinale ».

Ils proviennent de nombreuses souches : lactobacillus, bifidobacterium, saccharomyces, eschericia coli… et sont prescrits sous forme de médicaments avec AMM ou de compléments alimentaires ; certains comportent une seule souche, d’autres plusieurs.

Les probiotiques renforcent la barrière muqueuse intestinale et stimulent l’activité cellulaire. Les effets démontrés pour un micro-organisme précis ne peuvent être extrapolés à d’autres, et on ne peut généraliser les résultats d’une étude précise. L’effet est « souche-dépendant ». Ce n’est pas parce qu’un produit modifie le microbiote qu’il a une action thérapeutique… Beaucoup de communications non scientifiques véhiculent des idées dépourvues de preuve.

Des communications récentes témoignent d’une amélioration des performances athlétiques, et/ou de la récupération post exercice physique lors de l’utilisation de multisouches pendant une longue durée. Mais les résultats ne sont pas concordants, parfois même contradictoires et sont difficiles à reproduire. Il n’y a pas de critères biologiques pour en tester l’efficacité et par conséquent aucun consensus actuellement pour définir le probiotique qui apporte le meilleur effet ergogénique ou la meilleure réponse aux agents pathogènes.

Leur utilisation pour améliorer les performances sportives, ou pour prévenir les ennuis digestifs graves des marathoniens et triathlètes est donc pour l’instant encore empirique, mais non dénuée de logique. Les notions concernant le type de probiotique, sa posologie, la durée du traitement, et sa chronologie par rapport à l’activité sportive, doivent encore être évaluées et validées.

La Transplantation de Microbiote Fécal

Cela consiste à administrer une préparation de matière fécale, issue d’un sujet sain, à un patient atteint d’une pathologie liée à une altération du microbiote intestinal, en vue d’exercer des effets thérapeutiques.

Le prélèvement est simple, et fait l’objet d’une préparation avant instillation par sonde naso-duodénale, coloscopie, lavement ou capsules.

Sa seule indication reconnue en pratique clinique est l’infection à Clostridium difficile récidivante rencontrée dans les colites nécrosantes post-antibiothérapie (étude 2013).

Depuis la mise en place de l’AMM dans cette indication, des études sont faites dans plusieurs directions : Crohn, RCH, obésité, utilisation en auto-greffe : prélèvement avant un traitement type chimiothérapie ou radiothérapie.

Et pourquoi pas afin d’améliorer les performances sportives ? Le journal L’Équipe a titré récemment sur : « Transplantation Fécale : Dopage du Futur ? », mais ceci reste encore à valider et même à évaluer.

Conférence

 

 

En conclusion

  • Le Microbiote Intestinal est modifié par l’activité physique.
  • Il intervient dans la genèse des troubles digestifs sévères liés à certains sports intensifs.
  • Les probiotiques peuvent améliorer les performances et/ou la récupération.
  • Mais leur utilisation est encore empirique, et non évaluée.
  • Elle le sera lorsqu’on disposera du génome du microbiote.
  • La transplantation fécale sera peut-être intéressante.

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