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Déconfinement : prévention de l’entorse de cheville après convalescence

Entorse de cheville et sport

L’entorse de la cheville est souvent banalisée par le patient voire le soignant or si le traitement n’est pas adapté dès le début, la convalescence sera longue et le risque de séquelles augmenté.

Avant le confinement, le traumatisme le plus fréquent est l’entorse de cheville avec environ 6 000 cas par jours en France en temps normal.

► COVID-19 Le risque de stabilisation proprioceptive : en cette période de crise sanitaire exceptionnelle le confinement a fait émerger un engouement pour la course à pied chez les français. Cette augmentation d’activité physique expose naturellement au risque de blessure dont la plus fréquente est l’entorse de cheville. Mais à l’inverse beaucoup de sportifs des sports collectifs, aussi sujets à l’entorse de cheville, ont cessé leurs entrainements ou du moins largement diminué ceux-ci provoquant un déconditionnement musculo tendineux et proprioceptif : source d’entorse.

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Qu’est-ce qu’une entorse de cheville ?

Une entorse correspond à une lésion ligamentaire qui peut être classifiée en différents stades :

  • bénigne : étirement du ligament
  • moyenne gravité : rupture ou désinsertion partielle du ligament
  • grave : rupture ou désinsertion complète du ligament

« L’entorse de cheville » est un terme presque générique souvent utilisé à tort pour qualifier tous les traumatismes de la cheville ou du pied ne présentant pas de fracture.

Faisceaux antérieur (LTFA) et moyen (LCF) du ligament collatéral latéral

Faisceaux antérieur (LTFA) et moyen (LCF) du ligament collatéral latéral

Ainsi sont souvent confondues :

  • Les entorses du ligament collatéral latéral de la cheville (les plus fréquentes).
  • Les entorses du ligament collatéral médial.
  • Les entorses de la syndesmose tibio-fibulaire.
  • L’entorses sous-talienne.
  • Les entorses du médio-pied : Chopart.
  • Les entorses de l’avant-pied : Lisfranc.

Ces entorses peuvent se présenter isolément ou en association les unes avec les autres.

Malheureusement cette pathologie est souvent banalisée par le patient voire le soignant, or si le traitement n’est pas adapté dès le début, la convalescence sera longue et le risque de séquelles augmenté.

IRBMS Playlists YouTube IRBMS : Retrouvez nos conférences sur la Cheville en traumatologie du sport dans notre dossier présenté sur notre chaîne YouTube.

 

Conduite à tenir dans le contexte sanitaire actuel

Pour guider la prise en charge de ces entorses notamment l’indication de réaliser ou non une radiographie de la cheville et/ou du pied des critères ont été définis et sont utilisés depuis de nombreuses années : les critères d’OTTAWA.

Entorse de cheville : critères d'Ottawa

 

► Bon à savoir

En cas de vive douleur à la palpation des zones décrites, en cas d’impossibilité de faire 4 pas consécutifs sur le pied blessé ou dans tous les cas si vous avez moins de 18 ans ou plus de 55 ans, une radiographie est théoriquement indiquée. Nous recommandons à tous les patients ayant présenté un traumatisme de cheville de consulter soit aux urgences soit son médecin traitant, car des mesures spécifiques ont été prises pour les accueillir afin de les protéger du coronavirus.

Néanmoins, dans certains cas, notamment si vous présentez des comorbidités nous comprenons votre réticence ainsi en l’absence de ces critères le traitement fonctionnel de cette entorse pourra être entrepris sans consultation physique, au mieux à la suite d’une téléconsultation.

Traitement fonctionnel d’une entorse

Ce traitement est le traitement de référence quel que soit la gravité de celle-ci.

Il doit comporter :

Immobilisation semi-rigide de tous les ligaments potentiellement lésés pendant l’entorse par une attelle idéalement un modèle bloquant la cheville ET le médiopied.
Association avec chaussette de contention dès que les douleurs le permettent.

  • Protocole RICE : Repos, Glaçage, Surélévation du pied initiale, Antalgiques pallier 1 et 2 (Paracétamol +/- codéine ou tramadol).
  • ► COVID-19 Attention les AINS classiquement prescrits sont à éviter durant la pandémie de Covid car ils exposent au risque de développer une forme grave de la maladie.
  • ► COVID-19 En période de pandémie et de confinement les kinésithérapeutes n’exercent quasiment plus conformément aux recommandations de l’Agence Régionale de Santé. En revanche la téléconsultation leur est depuis peu ouverte et leur permet ainsi de dispenser des conseils d’auto-rééducation précieux. De plus le déconfinement progressif et sécurisé va permettre la réouverture des cabinets de kinés mais refaire en auto rééducation les exercices à domicile afin de limiter les passages chez le kiné facilitera la reprise sportive.
  • Décharge initiale mais reprise d’appui dès que possible en fonction des douleurs.
  • Durée d’immobilisation de 3 à 6 semaines en fonction de la gravité.

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Kinésithérapie

Normalement la kinésithérapie doit être débutée le plus tôt possible :

  • Initialement à visée antalgique (physiothérapie, drainage lymphatique).
  • Secondairement pour renforcement musculaire et travail proprioceptif.

Conseils d’un kinésithérapeute

Par Renaud Poulain, Kinésithérapeute, Lallaing (59)

Phase douloureuse :
  • Repos.
  • Surélévation de la cheville : toujours plus haute par rapport au bassin.
  • Glaçage : poche de glace ou sachet de petits pois surgelés toujours enrobé dans un linge pour éviter le contact direct avec la peau.
  • Attelle (ou à défaut strapping).

Kinésithérapie et entorse de cheville

Phase de récupération

Progressive en fonction des douleurs, d’abord avec attelle puis sans :

  • Mobilisation en flexion/extension puis rotations si pas trop de douleur.
  • Marche lente avec déroulé du pas complet en gardant la plante du pied au sol au milieu du pas, en pliant les genoux, dans l’axe puis en pas chassé.
  • Se mettre sur la pointe des pieds plusieurs fois de suite en respectant la douleur.
  • Exercice unipodal proche d’un obstacle haut pour se rattraper si besoin : yeux ouverts, fermés, puis jeux de lancé/rattrapé de balle sur terrain stable puis instable (coussin).
  • Saut/réception sur les 2 pieds puis seulement le pied blessé.
  • Consulter un kinésithérapeute pour un bilan dès la fin du confinement.

 

► ATTENTION : en l’absence d’amélioration des symptômes dans les 5 premiers jours une consultation spécialisée avec réalisation d’une imagerie médicale est indispensable :

  • Radiographies si non réalisées initialement
  • Scanner si radiographies initiales normales

Délais de reprise

En fonction de la gravité et du type d’entorse une reprise de la marche autonome sans douleur et sans attelle se fait entre 3 et 6 semaines.

  • La reprise d’une activité sportive portée et axée (cyclisme, natation) entre 3 et 6 semaines.
  • La reprise de la course à pied (il est recommandé de recommencer progressivement sur tapis de course) entre 4 et 8 semaines.
  • Les sports de pivots entre 6 semaines et 3 mois.
  • Une reprise des activités physiques au même niveau qu’avant l’entorse est à espérer entre 3 et 6 mois.

Séquelles d’entorse

Les principales séquelles possibles sont l’instabilité chronique de la cheville c’est à dire des entorses à répétition, une sensation de fragilité de la cheville notamment sur les terrains instables +/- associée à des douleurs persistantes. Ces instabilités non traitées peuvent provoquer avec le temps une usure et de l’arthrose importante.

En cas de suspicion de séquelle d’entorse de cheville il faudra consulter un chirurgien spécialiste qui demandera un bilan paraclinique précis en fonction des éléments de son examen clinique (radiographies en charge et en stress, échographie, IRM, Arthroscanner…).

Le traitement médical initial pourra éventuellement être complété par un bilan podologique pour mettre en place des semelles et/ou par une infiltration de dérivés cortisonés ou d’acide hyaluronique réalisée de manière radio ou écho-guidée.

En cas de persistance de symptômes malgré un traitement médical optimal un traitement chirurgical peut être proposé.

Celui-ci peut comporter plusieurs gestes en fonction du bilan : arthrolyse, réparation ligamentaire, ligamentoplastie, ostéotomie calcanéenne, allongement tendineux…

L’amélioration des techniques chirurgicales tend vers l’utilisation de plus en plus fréquente d’une voie d’abord arthroscopique (mini-invasif à l’aide d’une caméra et de micro-instruments) comme pour la chirurgie des ligaments croisés du genou.

Quelle que soit la technique utilisée et le niveau sportif du patient une entorse de cheville n’est jamais opérée en aiguë, le traitement chirurgical ne s’envisage jamais avant 3 à 6 mois après le traumatisme.

 

*A propos de l’auteur

Dr Alexis THIOUNN Chirurgie du Pied, de la Cheville et de la Main – Clinique Lille Sud SOS Main, Lesquin (59).

 

Bibliographie

  1. SFMU. L’entorse de cheville au service d’urgences. 5ème conférence de consensus; Mise à jour 2004.
  2. Thiounn A, Szymanski C, Lalanne C, Soudy K, Demondion X, Maynou C. Prospective observational study of midtarsal joint sprain: Epidemiological and ultrasonographic analysis. Orthop Traumatol Surg Res. 2016;102(5):657-661. doi:10.1016/j.otsr.2016.05.008
  3. Lopes R, Andrieu M, Cordier G, et al. Arthroscopic treatment of chronic ankle instability: Prospective study of outcomes in 286 patients. Orthop Traumatol Surg Res. 2018;104(8S):S199-S205. doi:10.1016/j.otsr.2018.09.005
  4. Van Dorp KB, de Vries MR, van der Elst M, Schepers T. Chopart Joint Injury: A Study of Outcome and Morbidity. The Journal of Foot and Ankle Surgery. 2010 Nov;49(6):541–5.
  5. Thompson JC. Anatomie Pied/cheville. NETTER – Précis d’anatomie clinique d’orthopédie. 2008. p. 245–7.
  6. Kapandji AI. Le pied. Anatomie fonctionnelle. Maloine. p. 178 – 231.

 

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